La notion de Temps au RER selon l’ouverture et la fermeture des travaux au 1er grade

Par Roland Bermann, CBCS

 

Nos rituels n’ont de sens qu’en tant que maillons d’une longue chaîne initiatique sans véritable commencement et qui tiendrait plus d’une hiérohistoire que de l’histoire. Ils n’ont de sens qu’en tant que rameaux de ce que l’on nomme la « Tradition primordiale » au sens que René Guénon donne à cette expression. Nous leur dénierions toute valeur traditionnelle, et par là même toute réalité, si nous pensions, ne fut-ce qu’un instant, que leur structure, les mots, expressions et symboles qui y figurent y sont par quelque hasard ou pour quelque raison légère. Tous ont leur raison d’être, à l’endroit même où ils sont exposés, même si cela ne semble pas toujours évident dès l’abord. On peut, je pense, appliquer à nos rituels, quel que soit le rite pratiqué, ce qu’écrivait Paul Valéry : “Il dépend de celui qui passe que je parle ou me taise, que je sois tombe ou trésor.”

Si cela se peut vérifier dans tous les Rites, c’est d’une rare évidence dans la structure du RER où la méthode utilisée par les rédacteurs des rituels est telle que dès le 1er grade, de la Chambre de Préparation à la Clôture des Travaux, tout ou presque des quatre grades symboliques est suggéré au cherchant sincère qui fera l’effort de décrypter, d’assimiler et de vivre nos symboles. Il suffit pour cela qu’il en ait le désir, un terme qu’emploi souvent notre Rite Rectifié en nous parlant de l’homme de désir. N’oublions pas que cette expression est à prendre dans son sens ancien dérivé de desiderium : désir de quelque chose que l’on a eu, connu et qui fait défaut. En quelque sorte, la quête de cette étoile dont il sera question à un autre grade. Cette expression nous vient en droite ligne des thèses de Martinez de Pasqually sur la Réintégration des Etres, toujours en filigrane dans nos rituels. Chaque élément, donc, du Rituel se trouve avoir de nombreuses implications, se trouve intimement relié à d’autres et contribue à la démarche initiatique en tant que voie de connaissance et non pas de savoir.

Ce préambule pourrait être illustré en examinant chacun des symboles mis en œuvre, et cela a souvent été fait. Je voudrai tenter de le faire ici à partir d’une structure particulière du Rituel d’ouverture et de clôture des Travaux au 1° grade, structure à laquelle en général on ne prête plus guère attention pour avoir trop souvent entendu les phrases qui la mettent en œuvre, et c’est là un phénomène d’accoutumance bien regrettable alors que le VøMø exhortera plusieurs fois les FFø en leur disant “Ayez attention, mes FFø Il s’agit du découpage symbolique du temps, tel qu’il est énoncé et caractérisé à sept reprises.

Ce découpage est, à ma connaissance, une particularité du Rite Ecossais Rectifié. Tous ne le connaissant pas, il faut en indiquer brièvement les séquences telles quelles figurent dans le rituel On trouve quelque chose de similaire dans les rituels des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers antérieurs aux Rituel RER et qui ont par l’intermédiaire deJ.-B. Willermoz vraisemblablement inspiré nos textes. On trouve dans ces rituels (Mns 5921 du fonds Willermoz) une présentation du temps beaucoup plus complexe faisant intervenir le nombre 3 omniprésent chez Martinez de Pasqually. Il y est dit dan l’Instruction :
Nommez-moi en maçon les 24 heures de jour en commençant par six heures du matin.
A 6 h il est midi          A 7 h midi vers 1/3          A 8 h midi et 1/3
A 9 h midi vers 2/3     A 10 h midi et 2/3           A 11 h midi vers le plein
A 12 h midi plein        A 13 h midi plein vers 1/3  Etc.
:

Avant l’ouverture proprement dite, alors que tous les FFø sont à leur place et ont salué le VøMø encore silencieux, le Premier Surveillant annonce :

– “La lumière commence à se répandre sur nos travaux, soyons près à les continuer dès que nous en recevrons l’ordre et le pouvoir du VøMø
Pendant le déroulement de l’Ouverture, par trois fois le VøMø posera la question :

“Quelle heure est-il ?”

les surveillants répondront successivement :

– “C’est la douzième heure” « la douzième heure » renvoie à la manière d’indiquer l’heure au XVIIIème siècle. Dictionnaire de l’Académie (Ed. 1798) :  » On divise en deux les vingt-quatre heures du jour, et chaque division est de douze heures ; l’une depuis minuit jusqu’à midi, l’autre depuis midi jusqu’à minuit « . La « douzième heure » est donc la douzième après minuit selon le temps profane qui prévaut hors du Temple.
Les connaissances les plus reculées que nous ayons du partage du temps de la journée (nos 24h) font état de 12 heures, que ce soit en occident, au moyen orient ou en Chine. Ce 12ème s’appelait Kaspar à Babylone. C’était un partage empirique en ce sens qu’il n’y avait pas d’instrument précis de mesure du temps.
Les Romains divisaient la nuit en 12 ainsi que la journée (origine de nos 24h). Mais ces douzièmes variaient du simple au double selon la saison. De là l’habitude de désigner différents moments de la journée et de la nuit : matin, matinée, milieu du jour (meri diem) après-midi, soirée, tombée de la nuit, première torche, nuit pleine, lever du jour, chant du coq… Quand on put mesurer le temps avec des instruments indépendants des saisons, on conserva l’habitude du partage en 12 heures pour la journée et 12 heures pour la nuit. Il fallait alors préciser par exemple : il est 2h du matin ou 2 heures de l’après-midi. Nous avons encore cette forme anglo-saxonne AM ou PM (ante meridiem ou post meridiem). Les cadrans des horloges, pendules et montres sont partagées en 12 parties. Les 24 heures, désignées comme telles, datent des chemins de fer pour éviter la confusion  entre l’heure du jour et l’heure de la nuit. Mais nos cadrans sont toujours partagés en 12 parties. Il reste encore aujourd’hui la tradition monastique pour partager le temps comme les romains et pour indiquer les heures des prières par des noms spécifiques : matines, laudes, tierce, nones, vêpres, vigiles,…

– “Il est midi”
– “Il est midi plein” Dans la nouvelle version des rituels des premiers grades du REAA publiée en 2003, la GLNF a remplacé minuit par minuit plein.

Puis, lors de la clôture, à nouveau par trois fois, le VøMø reposera la question :

“Quelle heure est-il ?”

les surveillants répondront alors successivement :
– “Il est minuit”

– “Il est minuit plein”

– “Il est telle heure” en donnant ce que le rituel nomme “l’heure de convention humaine”

Le RER distingue ainsi trois Midi différents, puisque la 12ème heure selon l’ancien comput correspond à midi, tout comme il distingue deux Minuit.

Vu de l’extérieur, voici une bien étrange façon de mesurer l’écoulement du temps. Sur un plan purement logique, énoncer 12ème heure, midi et midi plein, puis encore minuit et minuit plein revient à dire chaque fois exactement la même chose. Il y aurait donc, vu sous cette apparence logique toute extérieure, redondance. Or rien, absolument rien, n’est superflu dans un rituel. Nous devons chaque fois faire un effort pour comprendre le pourquoi ; et cet effort est exigé pour que nous quittions notre mode habituel de pensée, de connaissance intellective, pour celui de la connaissance directe. Au lieu de procéder comme on nous l’a inculqué dans la vie profane par déduction, il nous faut procéder par induction. En fait, il convient de cesser de privilégier la démarche analytique fort différente de la démarche traditionnelle globale et synthétique. La voie traditionnelle, usant du symbole, prend en compte les rapports les plus ténus, les solidarités, les analogies entre les choses et les êtres.

Une première remarque serait de dire que les Travaux s’ouvrent à midi, au moment où la lumière solaire est dans son plein et se poursuivent jusqu’à ce qu’elle ait totalement disparu, moment où l’on éteindrait les 9 lumières d’Ordre. On travaillerait alors pendant la phase descendante du soleil. Effectivement, dans la séquence précédant immédiatement l’ouverture réelle de la Loge, donc avant le prononcé du “midi plein”, il est dit : “…comme le soleil commence son cours à l’Orient et répand sa lumière dans le monde, de même le VøMø se place à l’Orient pour mettre les FFø à l’ouvrage et éclairer la Loge de ses lumières.” Cette phrase est en rapport direct avec celle prononcée juste après l’entrée en Loge, dès que les saluts ont été échangés (La lumière commence à se répandre…) Mais ce n’est là qu’une analogie, une image, et la mise en regard de ces deux phrases le prouve. Ces deux déclarations sont faites alors que nous nous situons encore dans “dans le temps de convention humaine”, ce qui rend le rapprochement à la position du soleil fournissant une lumière maximum parfaitement cohérent.

Cette analogie avec la course du soleil n’a donc de valeur qu’avant l’ouverture des Travaux et après leur clôture. Elle serait globalement vraie si, la Loge étant ouverte, nous faisions référence au temps profane. Mais le propre de l’ouverture des travaux n’est-il pas de changer d’espace et de temps ? Ne sommes-nous pas alors dans un « temps immobile » s’étendant jusqu’à la clôture des travaux ? C’est particulièrement vrai au RER, puisque le 2ème Surveillant, lorsque la loge est fermée, donne l’heure profane si parfaitement nommée par le Rituel “heure de convention humaine”. Cela se trouve d’ailleurs précisé dans la clôture de l’Instruction par demandes et réponses où il est dit Si aujourd’hui nous ne pratiquons qu’un seul type de Tenue, au XVIII° siècle, selon le Code des Loges Réunies et Rectifiées de France de 1785, on pratiquait 4 types de travaux : Les Loges de cérémonies, les Loges d’Instruction, les Loges de Comité, les Loges de Banquet. : “Mes FFø, le temps fuit et s’efface à nos yeux, mais il est toujours en présence du Grand Architecte de l’Univers.” Nous serions, de l’ouverture à la clôture, dans un temps fixe analogue à celui mentionné en Josué 10,13 : “Et le soleil s’arrêta et la lune se tint immobile.”. Le soleil d’ailleurs s’arrête sur Gabaon, ce qui doit nous évoquer certaines choses. Placés entre deux invocations au GøAøDøL’Uø, le déroulement de nos Travaux est tel qu’il répond au Psaume 84,10 “Un jour dans tes parvis en vaut mille” et à Isaïe . 5,27 : “nul ne sommeille, nul ne dort”.

Ce “temps immobile” est pourvu de qualités et n’est pas statique. Il a une caractéristique dynamique et créatrice, puisque c’est en lui, en sa présence, que s’effectue le travail véritablement initiatique. Il est seulement d’une autre nature. Il est une figuration d’un éternel présent dont on ne saurait dire qu’il a été ou qu’il sera, car il se recrée en permanence ; du moins pour autant qu’il soit en notre vouloir et en notre pouvoir de le faire se réaliser entre ouverture et clôture par notre attention, notre disponibilité, notre présence réelle. En ce “temps initiatique”, le passé doit s’actualiser et constituer un terreau générateur de la réalité du présent dont doivent être évacués des devenirs chimériques ou utopiques Nicolas de Cuse écrivait dans De visione Dei X que le passé et le futur se rencontrent dans le présent. . Rappelons cette précision apportée par René Guénon : celui qui ne peut sortir de la succession temporelle est incapable de la moindre conception d’ordre métaphysique La Métaphysique orientale, Editions Traditionnelles, Paris 1976, p. 18 . Nous devons effectivement nous situer dans un “temps sacré” puisque le temps profane, tout comme l’espace d’ailleurs, n’est jamais qu’une des conditions de l’existence corporelle, d’un mode particulier d’un état spécifique de l’être. Or que cherchons-nous dans notre démarche, ainsi qu’il appert au 3° grade, mais qui est déjà indiqué au rectifié dès la Chambre de préparation par la maxime : “Tu viens te soumettre à la mort. La vie était souillée, mais la mort a réparé la vie”, si ce n’est un autre “état de l’être” ? Il s’ensuit que le temps profane ne saurait être cause de rien dans une perspective métaphysique. Il n’est que le lieu de la manifestation d’un ensemble de possibles contingents. En le fixant dans une immatérialité, on valorise sa composante verticale, sa source non-humaine, ouvrant la voie à ce que René Guénon nomme la “Possibilité universelle”. Voir Le symbolisme de la croix chap. I, XIX, XXIV, XXVII, XXX ; Les états multiples de l’être chap. I, II, VII, XII, XVIII et Mélanges chap. VII

L’imprégnation dans cet “éternel présent” doit devenir en quelque sorte un carpe diem métaphysique. On peut, en quelque façon, lui appliquer cette expression De C. G. Jung dans son Commentaire sur le secret de la fleur d’or (Albin Michel, 1994, p 114) où il expose en partie sa théorie de la synchronicité :

On dirait en effet que le temps est rien moins qu’une abstraction, mais bien plutôt un continuum concret renfermant des qualités ou des conditions fondamentales qui peuvent se manifester dans une relative simultanéité en différents endroits, selon un parallélisme dénué d’explications causales.

Nous ne pouvons donc valablement considérer ces expressions midi plein et minuit plein comme ayant un rapport avec la course apparente du soleil et avec la lumière matérielle. Nous devons bien plutôt nous souvenir que, traditionnellement, le soleil est un symbole de la connaissance directe, c’est-à-dire de la connaissance intuitive. C’est une connaissance qui enflamme le cœur de l’être, une connaissance qui brûle. C’est un symbole de l’illumination, et ses rayons figurent les influences célestes ou spirituelles. Proclus (Hymne au soleil) nous en dit : “Tu remplis tout d’une providence à même de réveiller l’intelligence.” S’appuyant sur cette phrase, René Guénon, dans Symboles fondamentaux de la Science Sacrée, définit cette forme d’intelligence comme : “l’intelligence pure, au sens universel et non de la raison qui n’en est qu’un simple reflet dans l’ordre individuel, et qui est rapporté au cerveau, celui-ci étant alors par rapport au cœur, dans l’être humain, l’analogue de ce que la lune est par rapport au soleil dans le monde.”

Toutefois, il semble difficile de dissocier le symbolisme du midi plein et du minuit plein de celui des deux solstices, midi et minuit de l’année. Ces deux solstices, sur lesquels nous ne pouvons nous appesantir ici sans nous écarter du cadre de notre réflexion, constituent bien réellement une double représentation du « temps immobile » Des pratiquants du REAA ne manqueraient pas de faire un rapprochement avec le Janus Bifrons, chez les romains dieu de l’Initiation et des corporations, symbolisant entre autres les 3 temps : présent, passé, futur. Midi correspondrait alors au solstice d’été ouvrant la voie descendante (Janua Inferni – St jean le Baptiste – la porte des hommes, la porte de la voie infernale au sens antique du terme) et minuit au solstice d’hiver ouvrant la voie ascendante (Janua Coeli – St Jean l’Evangéliste – la porte des dieux, la porte de la voie céleste), chacun d’eux marquant tout à la fois la fin d’un cycle, le début d’un autre et l’espace entre les deux portes qui, compris dans son sens élevé, figure l’éternel présent ou troisième visage de Janus, son visage axial Cf. René Guénon, Symboles Fondamentaux de la Science sacrée, chapitre XVIII et XXXVII . Nous entrerions ainsi par une “porte” à midi et sortirions par une autre “porte” à minuit pour nous retrouver dans le siècle et y œuvrer. Pour un Maçon Rectifié, ce rapport solsticial aux deux St jean se met d’évidence en relation avec Jean 3,30 : “Il faut qu’il croisse, et que je diminue” en se souvenant que le Christ est communément appelé “Soleil de Justice” Mais plus précisément encore, en rapport direct avec la voie particulière du RER, les écrits patristiques utilisent souvent l’emblème du soleil pour figurer le Christ. Il y est dit être le Sol Invictus, le Soleil de Justice, soleil spirituel ou cœur du monde. L’iconographie le représente comme un soleil entouré de 12 rayons figurant les douze apôtres.

 

L’Instruction par Demandes et Réponses du Grade apporte des précisions de structure :
D. :Combien y a-t-il d’intervalles dans le jour maçonnique ?
R. : Il y en quatre qui sont depuis six heures du matin où commence la journée jusqu’à midi ; depuis midi jusqu’à six heures du soir ; depuis six heures du soir jusqu’à minuit ; et depuis minuit jusqu’à six heures du matin.
D. : Comment désigne-t-on ces quatre intervalles dans la Loge ?
R. : Par midi et midi plein en commençant le travail, et par minuit et minuit plein en le finissant.
D. : Combien comprenez-vous d’heures dans chaque intervalle ?
R : Il y a six heures et un temps, en similitude aux six années qui furent employées pour la construction du Temple, et du septième temps ou année qui fut employée par Salomon pour en faire la dédicace, et aussi les sept jours de la semaine dont le septième est consacré au seigneur. Cette dernière réponse est largement décalquée du Catéchisme des Elus Coëns (Manuscrit d’Alger)

Chacun de ces intervalles de 6 heures est ici analogue aux 6 jours de la Création. Les anciens catéchismes du RER indiquent que toute la journée est symboliquement remplie par le travail maçonnique et établissent la correspondance :

Midi = 6 h.    Midi plein = 12 h.    Minuit = 18 h.        Minuit plein = 24 h

 

L’Instruction précise que les FFø “doivent travailler nuit et jour à perfectionner leurs travaux” et qu’ils doivent “désirer le temps où ils pourront sans relâche et sans intervalles, employer les heures, les jours, les mois et les années à perfectionner leurs travaux.” Cette dernière phrase est elle aussi une reprise pratiquement mot à mot du catéchisme des Elus Coëns. . Nous retrouvons là quelque chose d’analogue à ce qu’exprime le verset du Cantique des Cantiques (5,2) “Je dors, mais mon cœur veille” Ainsi, consacrant les 24 heures du jour à la Gloire du G.A.D.L.U, ils s’identifieront symboliquement aux 24 vieillards de l’Apocalypse qui, devant le Trône, prononcent inlassablement les louanges du Très-Haut ; ce faisant ils s’insèrent dans ce que la tradition judéo-chrétienne nomme le “faisceau des vivants”.

Entre les 6 temps explicitement mentionnés de l’ouverture à la fermeture, mais qui sont en réalité 7 si l’on considère la toute première phrase prononcée, sont placés des intervalles (12ème heure à Midi, Midi à Midi plein ; Minuit à Minuit plein, Minuit plein à l’heure profane), intervalles que l’Instruction par D. & R. citée plus haut met en rapport avec le temps consacré à la dédicace et au 7ème jour. Or les travaux ne se déroulent pleinement qu’à partir du troisième temps de midi (midi plein) et ne s’arrêtent qu’au retour au temps profane, soit après la plénitude de minuit.

Quel est le sens de cet adjectif plein accolé à minuit et à midi ? Pour être certain de ne pas en faire une fausse interprétation, il nous faut nous reporter aux dictionnaires de l’époque de la rédaction des rituels, le sens des mots évoluant avec le temps, ce qui est la caractéristique d’une langue vernaculaire.

  • Thésaurus de la langue françoise  : Signifie rempli, non pas à comble, ainsi à capacité ou mesure
  • Dictionnaire de l’Académie de 1694 : Se dit d’un corps qui contient tout ce qu’il est capable de contenir. Plein, signifie aussi figurément, entier, complet, absolu.

Le terme plein paraît ici, dans le contexte du rituel, référer à l’instant absolu. C’est d’évidence le cas, puisque le temps est suspendu et ne s’écoule pas. Il passe de midi à minuit en un saut brutal, tandis que le “midi” ou le « minuit » exprimés seuls et non qualifiés évoquent davantage une période, certes brève mais période quand même. Midi plein se situerait bien alors hors du temps humain, donc sans décroissance potentielle, et ce temps là durerait jusqu’à minuit plein.

A y bien réfléchir, ces intervalles qui sont en quelque sorte atemporels figurent une nécessité initiatique ; car bien que désignant un même instant humain, ils marquent en réalité une gradation de passage d’un temps profane à un temps sacré dans lequel on devra s’insérer de plus en plus profondément, selon notre mesure et selon nos capacités. Inversement, lors de la clôture des travaux, le retour vers le temps profane devra lui aussi se faire par étapes. Il semble donc bien que ces séquences et intervalles marquent clairement que ce passage, correspondant à “un changement d’état”, même s’il n’est encore que virtuel, ne puisse, pour l’homme en voie de réalisation, se faire par un saut brutal, qu’il lui faut une transition, car le passage brutal est impossible pour l’homme normal. Ils marquent plus particulièrement encore que la phase séparant l’heure symbolique de l’heure pleine est la Porte de passage vrai, la transition entre deux modes d’être. En fait, ces intervalles permettent une accoutumance, une assimilation, devant mener à une présence réelle de l’esprit à l’Esprit qui autrement ne se pourrait faire pour un cherchant de la Voie.

Ainsi, entre la douzième heure et midi, on vérifie que la Loge est à couvert, on illumine le Temple et on fait la Prière. Nous passons d’une référence purement profane à une référence d’ordre symbolique d’accès au sacré ; en fait, nous sommes aussi passé du monde profane au Porche du Temple. Lors du second intervalle, le VøMø siégeant à l’Orient, porteur de la Lumière, la transmet à la Loge en allumant les trois lumières centrales où les officiers viendront la cueillir ; tout est alors prêt pour “éclairer nos travaux”. Sachant, comme nous l’avons dit, que plein : “Se dit d’un corps qui contient tout ce qu’il est capable de contenir” on comprend mieux l’expression “midi plein” Des remarques analogues peuvent être faites sur la séquence de fermeture, séquence marquant un cheminement inverse.

L’adoption d’un temps et d’un espace sacré exprime réellement le changement de système de références par lequel l’homme initié, ne fut-ce que de façon virtuelle, sort de l’historicité et acquiert, plus précisément doit acquérir une conscience différente du temps.

Est-ce à dire que cet intervalle entre midi et midi plein correspond au changement de mode du temps (temps profane – temps sacré) ? Qu’à midi nous nous situons dans ce temps qui coule où le présent n’est effectivement qu’une vue de l’esprit, puis qu’à midi plein nous sommes censés nous trouver dans un éternel présent (malheureusement virtuel) qui existera jusqu’à ce que la phase de clôture des travaux amène une rupture inverse ? N’oublions pas que dès avant midi “La lumière commence à se répandre sur nos Travaux” et qu’à Midi Plein elle se répand de façon effective, puisque l’Ouverture est achevée et que le Vénérable Maître « éclaire la Loge de ses lumières » Or lui seul, dans cet intervalle à la fois réel et irréel, a le pouvoir de transmettre, ainsi qu’il est dit : “Au nom de l’Ordre et par le pouvoir que j’en ai reçu”, donc indépendamment même de sa volonté propre. Lors de la clôture, entre minuit et minuit plein, cette transmission cesse et la prière prononcée, alors que les FFforment la chaîne autour du Tapis de Loge, demande au GøAøDøLøUø de nous permettre de continuer de la percevoir par cette phrase : « Répands sur nous et sur tous nos Frères, ta céleste Lumière… » puis à minuit plein le VøMø, depuis l’Orient, indiquera aux FFø comment la percevoir lorsque ce sera nécessaire en leur disant : “…c’est là seulement que vous pourrez la trouver” et l’Usage veut que ce soit à cet instant précis qu’il referme le Livre.

Midi, c’est l’heure du présent, entre le passé et l’avenir, le troisième visage de Janus qui regarde le Soleil se lever à 6 heures à l’Orient et se coucher à 18 heures à l’Occident. Il en va analogiquement de même de minuit. Or le présent est fugitif, il n’existe pas sauf dans l’éternité, et c’est pourquoi une langue sacrée telle l’hébreu ne possède pas de présent dans ses complexes conjugaisons. Nos intervalles ne seraient-il pas la marque d’une transformation du fugitif insaisissable en une permanence active ? Ne nous indiqueraient-ils pas que nous devons tendre par nos efforts et notre recherche à parvenir à une telle transformation ?

Ces passages successifs, correspondant à des limites difficilement franchissables par notre mental, peuvent d’évidence se rapprocher de ce que nous dit l’Instruction par D & R du grade d’Aø concernant cette autre limite qu’est la bordure du tapis de Loge qui « désigne la différence extrême qui est entre les choses sacrées et les choses profanes », le tapis de Loge figurant par ailleurs la Triple Enceinte, donnée essentielle de toute forme traditionnelle. Ils démontrent, une fois de plus, l’intime cohérence des divers composants de notre rituel.

A ces références temporelles réelles et symboliques s’ajoute tout un jeu de correspondances. Il est intéressant, pour un maçon Rectifié, de rechercher dans la tradition chrétienne les sens attribués à ce « midi ». Les citations suivantes, que nous ne pouvons développer ou commenter ici, en feront comprendre la nécessité.

Pour Grégoire de Nysse (Commentaires sur le Cantique des Cantiques, Hom. II, P.G. 44, c.801c.), personne n’est digne du repos de midi, s’il n’est pas fils de la lumière et fils du jour.

Pour Origène, (Hom. in Cantique des Cantiques, I, id. pp 39 – 40) midi signifie les secrets du cœur, grâce auxquels l’âme atteint, par le Verbe Divin, la lumière la plus grande.

Pour Guillaume de Saint-Thierry, au XIII° siècle, midi signifie la lumière de la connaissance et la ferveur de l’amour. Il considère le novice comme l’homme du matin, celui qui est instruit comme l’homme du soir, celui qui possède la ferveur stable et lumineuse comme l’homme du midi. (Expositio altera in Cantique des Cantiques ; P.L. 180, c.492A)

Pour St Bernard (sermon XXXIII sur le Cantique des Cantiques) le soleil est une image du Christ. Il écrit : “Au fur et à mesure qu’il s’échauffe et s’enflamme, il multiplie et dilate ses rayons sur tous les hommes mortels… cependant sa lumière ne montera pas jusqu’à son midi. Ce midi n’apparaîtra pas dans la plénitude dans laquelle il sera vu plus tard par ceux que Dieu jugera dignes de cette vision. O midi, plénitude de chaleur et de lumière, extermination des ombres.” et : “si le vrai midi qui vient d’en haut et qui dénonce et éclipse le faux midi n’a pas illuminé le cœur, on ne se tiendra pas sur ses gardes”

A midi, l’ombre portée est minimale, voire nulle. L’homme debout, tendu comme le fil à plomb, doit s’ouvrir par son cakra supérieur vers le ciel en ayant les pieds ancrés dans la terre mère. C’est le temps de l’illumination maximale, mais encore faut-il que l’homme fasse l’effort nécessaire pour percevoir ce “vrai midi” dont parle St Bernard ; faute de quoi tout restera au niveau des mots et des images.

Le monde profane étant allégoriquement le monde des ténèbres, il est normal que le retour vers ce monde-là se fasse à minuit, l’heure où l’ombre est absolue, ou au mieux n’est percée que par la lumière lunaire, reflet incomplet de la lumière solaire. La Lune n’est-elle pas un emblème de la connaissance par reflet ?

Il appartiendra alors au veilleur, que se doit de devenir l’Aø dès le jour de son initiation, d’exercer son devoir tel que le lui indique et commande fermement la Règle Maçonnique et l’Instruction Morale. C’est le rôle imparti au maçon dans la cité : “allons porter aux autres hommes les vertus dont vous avez promis de donner l’exemple…” est-il rappelé aux FFø lors de la clôture des travaux.

Cela nous renvoie au prologue de Jean (1,5) présent à l’Orient ; et il convient de noter que lorsque nous sommes à Minuit plein le Livre est toujours ouvert, il ne se refermera (provisoirement) que lorsque le retour au temps profane, ce temps si justement nommé “de convention humaine”, sera effectué. Mais cette obscurité, cette profondeur de la nuit renvoie aussi aux versets d’Isaïe  (21,11-12) si parlants pour une démarche initiatique, et où il est indispensable de noter que la question est répétée par deux fois, l’accent mis sur la nuit et le terme veilleur renvoie au “Shomer Israël” Une analyse détaillée de ce verset figure dans mon livre “A la Recherche de l’Unité” Dervy 1996. :

Veilleur où en est la nuit ?
Veilleur où en est la nuit ?
Le veilleur répond :
Le matin vient et la nuit aussi.
Si vous le voulez interrogez,
Convertissez-vous, revenez !

 

De la Stricte Observance au Rite Ecossais Rectifié.

Par Pierre Noël, CBCS

 

Le Rite Ecossais Rectifié occupe une place singulière dans la Maçonnerie contemporaine. Pratiqué en Suisse, en France et en Belgique, il est trop souvent l’objet de polémiques passionnées, certains y voyant la forme la plus pure de l’initiation maçonnique, d’autres un rejeton abâtardi, voire dévoyé, de la maçonnerie classique. La pierre de touche de ce débat est le christianisme, vrai ou supposé, qui imprégnerait ce Rite d' »ancien régime », parfois qualifié par ses détracteurs de « crypto-catholique ». Certes, l’atmosphère y est plus religieuse, sinon plus mystique, mais est-ce suffisant pour justifier l’anathème et la marginalisation? Trop souvent d’ailleurs de telles attitudes sont le fait de maçons, par ailleurs sincères, qui n’ont du Rectifié qu’une connaissance lointaine, basée plus sur des racontars que sur une expérience personnelle. Le fait est regrettable, d’autant que le Rectifié présente l’avantage inestimable d’être aisément accessible à l’analyse, les intentions de ses fondateurs nous étant connues par les innombrables documents et exégèses qu’ils ont laissés. Le caractère parfois archaïque de ses rituels peut surprendre, certes. Encore faut-il comprendre que la survivance de formes d’apparence obsolète résulte d’abord de l’ extinction quasi-complète du Rite au XIX° siècle et de sa renaissance inattendue en notre siècle. La première lui permit d’échapper aux réformes dont furent l’objet les autres Rites, Français ou Ecossais, réformes conditionnées par les luttes politiques et religieuses du temps, lesquelles donnèrent à la franc-maçonnerie un visage que n’auraient reconnu ni les pasteurs britanniques des origines ni les maçons lyonnais de 1778. La seconde nous le restitua (presque) inchangé, tel qu’il fut imaginé au confluent du Rhône et de la Saône entre 1778 et 1809. Si le Rite Rectifié paraît aujourd’hui incongru, voire scandaleux, n’est-ce   pas justement à cause de cette fidélité à une certaine image de la maçonnerie dont nos contemporains ont peine à prendre conscience?

Le travail qui suit n’a d’autre ambition qu’une présentation succincte de la chronologie et de l’évolution des rituels « symboliques » de ce Rite trop souvent décrié. Il ne s’agit pas d’une exégèse, moins encore d’un exposé systématique de sa doctrine, tâche d’une autre envergure à laquelle je me risquai autrefois (G.Verval, 1987), mais plutôt du simple débroussaillage d’un paysage passablement confus où se mêlent faits et légendes que chacun utilise à sa guise.

Tel qu’il fut conçu, le Rite Ecossais Rectifié devait comporter trois étapes successives, concentriques dirait J.F.Var, composées des grades « symboliques », de l’Ordre Intérieur chevaleresque et de la (Grande) Profession. Seules sont effectives de nos jours les deux premières. La troisième relève, faute de mieux, de l’érudition personnelle grâce à la publication des textes fondateurs du « Saint Ordre », comme ses thuriféraires aiment à appeler, à tort, la Profession. Je ne m’occuperai ici que des grades symboliques.

Ceux-ci sont au nombre de quatre : à l’apprenti, au compagnon et au maître fait suite le « maître écossais de Saint André ». Au XVIII° siècle, ces quatre grades étaient régis par un directoire écossais dont les pouvoirs furent définis à Lyon en 1778. N’y voyons là rien qui surprenne. A la même époque la Grande Loge anglaise, dite des « Anciens », exerçait son autorité sur quatre degrés, le dernier étant le « Royal Arch ». Il n’en va plus de même aujourd’hui. Les trois premiers grades rectifiés relèvent exclusivement de l’autorité des Grandes Loges tandis que le « maître écossais » est conféré dans des « loges de Saint-André » dépendant des Directoires écossais, terme qui « au symbolique » désigne les Grands Prieurés de l’Ordre bienfaisant des Chevaliers maçons de la Cité Sainte.    Cette dichotomie est condition de « régularité » au sens qu’a pris ce mot durant les premières décennies de ce siècle. Nul ne désire la remettre en cause.

I. Jean-Baptiste Willermoz et la maçonnerie lyonnaise.
1.  Introduction de la Stricte Observance à Lyon.

Ce lyonnais d’une exceptionnelle longévité (1730-1824), fabricant d’étoffes et commissionnaire en soieries, fut à l’évidence le père du Rectifié. Initié en 1750 dans une loge oubliée, il en devint vénérable en 1752 (A.Joly, 1938, p.5). Fondateur en 1756 de la « Parfaite Amitié », constituée par la Grande Loge de France, il en tint le premier maillet jusqu’en 1762. Il contribua entre temps à la fondation de la Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon (1760), plus tard Mère-Loge de Lyon. Il fallait, écrivit-il plus tard, « être chevalier d’Orient pour y être admis » (in Steel-Maret, 1893, pp.147-153). Cette Grande Loge ne se voulait-elle pas chargée « à l’instar de celle de Paris…de veiller au maintien de la discipline des loges, de fixer le choix de l’uniformité des grades symboliques jusques et y compris le chevalier d’Orient »? Elle pratiquait officiellement sept grades, soit après les trois premiers ceux de maître élu, maître parfait, maître écossais et chevalier d’Orient. Là ne s’arrêtaient pas les connaissances de Willermoz qui, à l’époque, n’avait de cesse de collectionner grades, décors et rituels. Dans une lettre qu’il adressa le 2 mars 1763 à Chaillon de Jonville, substitut général du Grand Maître de la Grande Loge de France, il fit suivre sa signature des titres suivants: Maître écossais, G(rand) A(rchitecte), R(oï)al Arch, Chevalier d’Orient, d’Occident, du Soleil, de l’Aigle noir, R(ose) C(roix), G.I.G.E.ch.K. (c’est à dire Grand Inspecteur, Grand Elu, chevalier Kadosh) (reproduit en fac similé dans Renaissance Traditionnelle, 1992, 89:31) Le Kadosh lui avait été communiqué par son correspondant messin, Meunier de Précourt une année auparavant (in Steel-Maret, 1893, pp.72-78). .   Les grades supérieurs au chevalier d’Orient étaient pratiqués dans un chapitre des chevaliers de l’Aigle noir, fondé en 1763 ou 1765 et présidé par le propre frère de Willermoz, Pierre-Jacques, médecin, alchimiste, esprit curieux de tout et très en avance sur son temps (A.Joly, 1938, p.15). Ce chapitre très fermé vit peut-être la création du grade de Rose-Croix dont le succès ne devait jamais se démentir.

Au début de leur carrière, Willermoz et ses proches pratiquèrent donc cette maçonnerie qui sera appelée plus tard  de « Rite Français ». Jamais cependant elle ne put les satisfaire entièrement. Willermoz était trop intimement convaincu que la maçonnerie devait receler des connaissances « sublimes » pour se satisfaire d’un système aussi rudimentaire que décevant à ses yeux. Il chercha hors des loges classiques ces « vérités essentielles » qu’il devinait sous le couvert des allégories maçonniques héritées des spéculatifs britanniques. Il crut les trouver, en 1767, dans l’Ordre des « chevaliers Elus Coens de l’Univers » du théosophe Martinez de Pasqually. Reçu en 1768 au grade ultime de Réau-Croix, il avait créé à Lyon un « Tribunal » d’Elus Coens, réservé à ses intimes, et s’était consacré avec ferveur, quoique sans succès bien assuré, aux expériences théurgiques prescrites par le « Grand Souverain » de l’Ordre, Don Martinez. Déçu peut-être par les « Esprits Intermédiaires » qui se refusaient à lui, désemparé par le départ de son maître qui, en 1772, quitta la France pour n’y plus revenir Martinez mourut à Saint-Domingue en 1774. , Willermoz écouta d’autres sirènes sans pour autant oublier l’enseignement du disparu ( de 1774 à 1776, les élus coens lyonnais continuèrent à se réunir assidûment, ce dont témoignent leurs « conférences » éditées par A.Faivre en 1975 aux éditions du Baucens, Braine-le-Comte).

En 1772, des correspondants strasbourgeois l’informèrent de l’existence outre-Rhin d’une forme nouvelle de maçonnerie, caractérisée par sa belle ordonnance et le sérieux de ses « connaissances », la Stricte Observance, ou plus exactement « l’Ordre supérieur des chevaliers du temple sacré de Jérusalem ». Fondée en 1751 par le baron (FreiHerr) Charles-Gotthelf von Hund (1722-1776), elle enseignait que la franc-maçonnerie n’était autre que la perpétuation de l’Ordre du Temple, aboli en 1312 par le pape Clément V sur ordre du roi de France, Philippe IV « le Bel ». Dirigée par de mystérieux « Supérieurs Inconnus » dont von Hund n’était que le mandataire, elle ne visait rien moins que le rétablissement de l’Ordre défunt et la récupération de ses biens matériels. Des amis de Von Hund prétendirent plus tard qu’il avait été admis dans l’ordre à Paris en 1743 par un mystérieux chevalier « au plumet rouge » dont ils laissaient entendre qu’il était un familier de Charles-Edouard Stuart, fils du prétendant à la couronne d’Angleterre et d’Ecosse Charles-Edouard ne fut jamais initié. Une enquête entreprise à la demande du duc de Brunswick en fit la preuve en 1777. Le prince déclara à l’envoyé du duc que son père, le chevalier de Saint-Georges, lui avait refusé son consentement. (in J.F.Var, 1991, p. 31). (A.Bernheim, 1998).  Il aurait reçu une patente de Grand Maître Provincial dont il s’était servi pour introduire l’Ordre en Allemagne. Si les supérieurs inconnus étaient parfaitement imaginaires, cette patente existe bel et bien. Conservée dans les archives de la Grande Loge du Danemark, elle est rédigée en un langage chiffré dont nul jamais ne donna la clef. Tout cela, faut-il le dire, ne fut connu de Willermoz que bien plus tard, après qu’il eut depuis longtemps mesuré les faiblesses du système allemand.

En 1772 donc, Willermoz  sollicita son admission au sein de la Stricte Observance  dans une lettre adressée à von Hund en date des 14 et 18 décembre (in Steel-Maret, 1893, pp. 147-153). Celui-ci lui répondit le 18 mars 1773 et le renvoya au baron de Weiler, son émissaire chargé d’implanter l’Ordre en France. La correspondance échangée montre à l’envi le quiproquo : le lyonnais parlait de l’objet caché de la maçonnerie qui ne pouvait traiter que des questions essentielles, l’allemand n’avait en vue que la restauration de l’Ordre du Temple. Nonobstant cette incompréhension fondamentale (ou peut-être à cause d’elle), les négociations n’allèrent pas sans quelques difficultés suscitées par la méfiance des frères lyonnais de la Grande Loge des Maîtres Réguliers que Willermoz eut bien peine à amadouer (A.Joly, 1938, pp.47-50). Tout finit pourtant par s’arranger et Weiler, qui avait déjà établi à Strasbourg le directoire écossais de la V° Province Templière dite de Bourgogne (octobre 1773), put inaugurer celui de la II° Province dite d’Auvergne à Lyon le 21 juillet 1774, puis, la même année, celui de la III° Province dite d’Occitanie à Bordeaux (A.Joly, 1938, p.63).

Armés chevaliers par Weiler les 11 et 13 août, Willermoz et ses disciples avaient prêté serment d’obéissance au baron von Hund et au duc de Brunswick-Lünebourg, « Superior Magnus Ordinis » depuis que le convent de Kohlo (juin 1772)  avait reconnu l’inanité des prétentions de von Hund, ce qu’ignoraient d’ailleurs les lyonnais. En échange, ils avaient reçu leur nom d’Ordre ( Eques ab Eremo pour Willermoz) et les cahiers des rituels allemands. On devine sans peine leur déception.  Loin de leur apporter la manne attendue, ces rituels ne différaient guère de ceux que connaissaient les Français. Quant à la « survivance » templière, Willermoz connaissait depuis toujours l’inanité de cette chimère, amoureusement cultivée par d’aucuns depuis que Ramsay, en un célèbre discours, avait attribué aux chevaliers Croisés la paternité  de l’Ordre maçonnique. De ceux-ci aux templiers, il n’y avait qu’un pas que les émules du chevalier de Saint-Lazare avaient aisément franchi. Le lyonnais n’ignorait rien de cette fable enseignée dans les grades de « Commandeur du temple » ou de « Chevalier templier » pratiqués dans le chapitre de son frère (A.Joly, 1938, p.15). N’était-ce pas d’ailleurs la justification du Kadosh qu’il avait appris à connaître en 1762 et dont il se méfiait depuis lors? ( cf. la lettre de Meunier de Précourt du 29 avril 1762, in Steel-Maret, 1893, pp. 79-80). Echaudé peut-être mais sérieux comme toujours il le fut, Willermoz se mit au travail, bien décidé à faire de la capitale des Gaules le phare de la maçonnerie templière.

Un an plus tard, le convent de Brunswick (26 mai au 6 juillet 1775) ratifia la « restauration » des provinces françaises et les « Règlements généraux » de l’Ordre furent expédiés à la V° Province. Ils stipulaient que

l’Ordre Intérieur, voilé sous le titre de Directoire écossais, (était) composé de trois grades qui en font partie, et dont le dernier en est le complément. Savoir: 1° celui d’Ecossais Vert qui commence à en développer les symboles, mais par lequel l’Ordre ne s’engage point à l’avancement de celui qui y est admis et peut le laisser pendant toute sa vie…2° celui de Novice…3° le grade de Chevalier…On appelle Profès ceux qui ont fait leur dernière profession; cette profession n’est point un grade qui augmente les connaissances mais un acte libre et uniquement à la volonté de celui qui le fait, par lequel il s’engage irrévocablement envers l’Ordre (cité par J.F.Var, 1991, pp.49-50).

Le dernier grade était divisé en six classes selon la condition sociale de l’impétrant (Eques, socius, armiger, clerc, servant et valet d’armes), distinctions mondaines qui n’empêchaient pas que les « connaissances » de l’Ordre soient communiquées à tous (sauf aux servants d’armes).

Pour des raisons dictées, sans doute, par les usages locaux, Weiler avait en 1773 concédé aux strasbourgeois le droit de cumuler les hauts-grades français avec ceux de l’Ordre Intérieur, constituant par là une classe intermédiaire qui fut évoquée par le chapitre d’Auvergne, à Lyon, en sa séance du 23 juillet 1774:

…On a lu pareillement les deux autres grades du Grand Ecossais Rouge et du Chevalier de l’Aigle, dit Rose-Croix: ils ont été proposés pour la seconde classe intermédiaire à l’instar de la V° Province (3° protocole de la Province d’Auvergne).

L’échelle des grades adoptée à Strasbourg différait donc de celle en usage en Allemagne par cette « deuxième classe » intermédiaire entre le symbolique et l’intérieur, soit:

  • 1° classe: apprenti, compagnon, maître.
  • 2° classe: écossais rouge, Rose-Croix.
  • 3° classe: écossais vert, novice, chevalier.
    (A.Joly, 1938, pp.66-67).

Les lyonnais ne se prononcèrent pas sur la mise en application de ce système et renvoyèrent à plus tard « l’examen et la décision des grades qui composeraient la 2° classe ». Dans un premier temps, ils se rallièrent à la position strasbourgeoise, comme l’atteste le « Petit mémoire d’instruction » remis, l’année suivante, au F. Bruyzet chargé par le chapitre d’Auvergne de répandre dans les loges de France la réforme germanique. Il précisait que les loges désireuses de s’agréger au nouveau système « pourraient obtenir du directoire la permission de conférer (les grades de la classe intermédiaire)…Tout grade d’élu et tout cordon noir étaient proscrits. Les grades de la 2° classe dite intermédiaire étaient l’écossais rouge et le chevalier d’Orient » (in Steel-Maret, 1893, pp. 175-176). Le débat, de toute façon, fit long feu: en 1777, le chapitre de Bourgogne renonça aux grades intermédiaires (R.Dachez et R.Désaguliers, 1989, 80:290).

Restait à résoudre le problème posé par l’implantation en France d’un organisme d’obédience étrangère. Ni Willermoz ni les templiers d’Auvergne ne voulaient rompre avec le Grand Orient de France, garant de la bienveillance du gouvernement. Dès janvier 1776, Willermoz annonçait que des négociations étaient amorcées avec l’obédience parisienne et qu’il en attendait une issue favorable. De fait un « Traité d’Union Intime » fut signé le 31 mai de cette année entre le Grand Orient de France et les trois Directoires de Lyon, Bordeaux et Strasbourg, représentés par Bacon de la Chevalerie, bien connu pour ses accointances Coen (in L. Charrière, 1938). Ce traité, en dix articles augmentés de deux articles « secrets », prévoyait la réunion des Directoires et de leurs corps subordonnés au Grand Orient (article 1). Chacun « conservait exclusivement l’administration et la discipline sur les loges de leur Rite et Régime » (article 6). L’équivalence des « grades fondamentaux » des deux Rites était garanti, comme les droits d’intervisite et de double appartenance: « Les membres des loges de l’un et l’autre Rites pourraient régulièrement passer dans les loges de l’autre Rite, sans cesser d’être membre de la loge à laquelle ils appartenaient primitivement » ( article 9). Ce Traité, qui devait être reconduit en 1811 sans modifications notables, ratifiait la parfaite régularité de la maçonnerie « réformée » et, jamais dénoncé, justifie, aujourd’hui encore, la pratique du Rite Rectifié au sein du Grand Orient de France.

2. Les grades de la Stricte Observance (1775).

Les rituels conservés à la bibliothèque municipale de Lyon furent récemment publiés par J.F.Var (1991) qui les juge rudimentaires, d’une maigreur squelettique et dépourvus de toute valeur initiatique: « de la gestuelle, un moralisme banal, rien de plus » (p.53). Le jugement est abrupt et sans nuances, reconnaissons-le. Est-il mérité? Chacun jugera, selon ses vues, sans oublier que ces rituels ne diffèrent guère de ceux en usage dans les loges du temps, de ce côté ou de l’autre du Rhin.

La disposition générale de la loge bleue est celle, « ordinaire », des loges françaises. Elle est éclairée par trois bougies devant le vénérable, deux devant les surveillants, une devant le secrétaire. Les flambeaux d’angle, autour du tableau (ou tapis), ne sont pas mentionnés. Est-ce à dire qu’ils manquaient? C’est peu probable au vu des usages de l’époque. Gageons plutôt que l' »ordinaire » prévoyait la disposition classique des flambeaux aux angles N.E., S.E. et S.O., conforme aux prescriptions du Rite Français ainsi qu’à celles du Rite Suédois. De fait, une gravure représentant la loge d’apprenti-compagnon selon le Rite de la Stricte Observance, attribuée au dernier tiers du XVIII° siècle, nous les révèle ainsi disposés autour d’un tableau qui ne diffère en rien de ceux présentés par les divulgations continentales des années 1745-1755 (document conservé dans les archives de la Grande Loge du Danemark, in K.C.F. Feddersen, 1982, d/14) (pl.1).

Relevons une innovation notable, pleine d’avenir:

« Derrière la chaire du vénérable est pendu peint sur du carton ou autrement le symbole du grade que l’on y donne ». Ce symbole est « une colonne rompue par en haut mais ferme sur sa base » (1° grade), « une pierre cube (sic) sur laquelle est posée une équerre » (2° grade), « un vaisseau démâté sans voiles et sans rames, tranquille sur une mer calme » (3° grade). Les devises s’y rapportant sont, dans l’ordre, « Adhuc Stat », « Dirigit Obliqua », « In Silentio et Spe Fortitudo mea ».

L’ouverture des travaux ne comporte ni allumage des flambeaux ni prière. Le vénérable, après un bref échange de répliques du catéchisme avec les surveillants, ouvre la loge par trois fois trois coups, devant les frères debout tenant de la main gauche l’épée, pointe en terre, et portant la main droite au col. La réception ne s’écarte guère de l’exemple français, si ce n’est par une autre innovation remarquable: la « lumière » est donnée en deux temps avec, au deuxième temps, l’exclamation « Sic Transit Gloria Mundi ». L’obligation d’apprenti comprend les pénalités traditionnelles (gorge coupée, coeur percé et arraché, le tout réduit en cendres). Le catéchisme rappelle les fondements de la loge française et son articulation en trois colonnes (Sagesse-Force-beauté) et trois Grandes Lumières, ici énoncées « le Soleil, la Lune et les Etoiles« , celles-ci remplaçant, on ne sait trop pourquoi, le Maître de la Loge (ou l’Etoile Flamboyante.). Le soleil signifie le maître en chaire, la lune les surveillants et les étoiles les maîtres et compagnons « qui guident les apprentis dans les routes sombres et mystérieuses de l’Art Royal ».

Le deuxième grade, réplique succincte du premier, était sans doute conféré le même jour. Les mots sacrés sont, dans l’ordre, J… et B… comme le voulait l’usage continental depuis l’inversion (anglaise) de 1739 (cf. G.Verval,1988), les mots de passe ceux révélés par le « Trahi… » de 1744,Tub…et Schi…

La réception à la maîtrise suit la version « française » de la légende d’Adonhiram : les neuf maîtres envoyés à sa recherche décident de leur propre autorité de changer le « mot de maître », mesure dictée par la seule prudence. Sur la tombe de l’architecte est déposée « une médaille triangulaire sur laquelle est gravé l’ancien mot de maître avec deux branches d’acacia en sautoir ». L’instruction précise que cet ancien mot n’est autre que « le Saint Nom de l’Eternel en hébreu ». Après l’obligation, le candidat est renversé et recouvert d’un drap noir tandis qu’on allume les « neuf cierges jaunes », seule allusion aux flambeaux d’angle ( qu’un autre document conservé à Copenhague, daté de 1770, montre aux angles habituels, in Feddersen, 1982, d/94, pl.2 ). Le signe d’horreur est le seul enseigné au nouveau maître, le signe « au ventre » relevant d’une autre tradition, celle des « Anciens » anglais. Enfin le mot de passe, Gi…, et le mot « substitué » M…B… sont ceux de la tradition française.

L’écossais vert achève la série. Pour simple qu’il soit, il contient déjà des éléments bien reconnaissables. Le candidat, désarmé, une corde à la taille et sous la menace d’un glaive, est introduit dans la loge tendue de vert et éclairée par quatre lumières disposées en carré. Délivré du joug de « la maçonnerie symbolique » par son engagement d’obéissance au directoire et à ses chefs, il reçoit l' »habit » (le tablier) vert, un signe « la main droite comme pour saisir quelqu’un par la tête », un attouchement au coude et deux mots, Jehovah et Notuma. S’il n’est fait mention ni de Zorobabel ni du second temple, le tableau montre Hiram ressuscitant « qui tend les bras pour sortir du tombeau où il n’est plus qu’à demi » (pl.3). Il est entouré de quatre animaux, emblèmes des vertus du grade: le lion (valeur et générosité), le singe (adresse et habileté), l’épervier (clairvoyance) et le renard (ruse sans fourberie). A peu de choses près, ces animaux sont ceux que présentait, au grade d' »écossais », le tableau de la divulgation de 1747, « Les francs-maçons écrasés… » (la colombe y remplaçait l’épervier) (pl.4).

3. Premières réformes.

Après la mort de Weiler (novembre 1775) et celle de Hund (8 novembre 1776), les lyonnais décidèrent d’étoffer les rituels, décidément trop rudimentaires à leurs yeux, de leurs initiateurs germaniques. De décembre 1777 à janvier 1778, il fut décidé de confier à Willermoz et au strasbourgeois Salzmann la rédaction des grades symboliques, à Jean de Türckeim, autre strasbourgeois, celle des grades de l’Ordre Intérieur. Dans la foulée, Willermoz s’attribua la rédaction d’une classe nouvelle, « secrète », la (Grande) Profession.

Dans la Stricte Observance, la Profession , nous l’avons vu, n’était pas un grade mais l’acte libre par lequel le chevalier s’engageait irrévocablement envers l’Ordre, à l’instar de la « profession » monastique. L’ambition ici était toute autre: il s’agissait de condenser l’enseignement théosophique de Martinez, du moins sa partie théorique, en de longues « Instructions » qui ne seraient communiquées qu’aux élus jugés dignes de les recevoir en deux grades « secrets », la Profession et la Grande Profession. Le travail fut rondement mené: les textes étaient déjà près lorsque se réunit le Convent des Gaules, dix mois plus tard. A propos de cette Profession, voir entre autres la plaquette de J.F.Var et G.Verval, « Willermoz et son oeuvre », 1992. Les Instructions Secrètes de la Profession furent publiées par P.Vuilaud dans son « Joseph de Maistre franc-maçon » (1926) et celles de la Grande Profession par A.Faivre en appendice à l »ouvrage de R.Leforestier « La franc-maçonnerie templière et occultiste au XVIII° siècle » (1970).

Quelques remaniements apparaissent déjà dans les « trois premiers grades des Loges Rectifiées en France avant la tenue du Convent national de Lyon en 1778 » (in Dachez et Désaguliers, 1989, pp.294 et suivantes). Conservées dans les archives de la Cour et de l’Etat à Vienne, ils sont paraphés par Gaybler qui sera secrétaire du Convent de Lyon. On y remarque le soin tout particulier accordé à la préparation du candidat. Un frère « préparateur » est désigné à cet effet et son rôle minutieusement détaillé qui ne rappelle en rien les brimades écossaises des manuscrits d’Edimbourg (1696-1700), pas plus d’ailleurs que les rodomontades du « Frère Terrible » des loges françaises. L’accent est celui de la dignité et du formalisme qui visent à convaincre le candidat de l’importance de sa démarche autant qu’à s’assurer de sa sincérité. Les cérémonies elles-mêmes sont peu modifiées. Relevons en passant que le mot de passe, ou plutôt le nom, du maître est « acacia »  et non Gi…

La bibliothèque nationale de Paris conserve une autre série de rituels « intermédiaires », venant de Strasbourg ceux-là (« Régime rectifié 1776. Directoire Ecossais de Strasbourg avant le Convent Général tenu à Wilhelmsbad en 1782 », cité par Dachez et Désaguliers, 1989, pp.297 et suivantes). Malgré leur date (1776), ils ne diffèrent que peu de ceux qui seront adoptés à Lyon deux années plus tard. Les maximes lors des voyages manquent encore mais les châtiments physiques traditionnels sont déjà omis des serments.

Le 27 avril 1777, le Directoire d’Auvergne arrêta que le grade d’écossais vert serait rendu « ostensible » dans toutes les loges sous la seule dénomination d' »écossais », devenant ainsi le « complément de la maçonnerie symbolique » et non plus le premier de l’Ordre intérieur. Cette délibération « définitive » prévoyait aussi que les vénérables communiqueraient « sans cérémonies et sans frais » aux écossais les hauts-grades en usage avant la réforme: chevalier d’Orient, Rose-Croix et autres de la même veine (article 7), à l’exclusion toute fois des grades « à cordon noir », élus ou kadosh que Willermoz avait en horreur. Ces grades étaient expressément proscrits et il était interdit aux visiteurs d’autres régimes d’en porter les décors en loge (article 9). Cette décision supprimait de fait la classe « intermédiaire », concédée autrefois par Weiler, dont les lyonnais ne savaient trop que faire Prise à la lettre, cette délibération permettrait aujourd’hui aux Grands Prieurés Rectifiés la pratique de ces grades, depuis longtemps réservée aux Suprêmes Conseils du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Les accords tacites existant entre ces différents corps empêche bien sûr une telle éventualité, du moins dans les pays où de tels accords existent. .

L’article 6 de cette même délibération décrit le tableau du grade d’écossais et son « symbole distinctif« : un lion jouant avec des instruments de mathématiques, ainsi que sa devise « Maeliora praesumat » (sic) (in Renaissance Traditionnelle, 1989, pp.313-316 et Cahiers verts, Bulletin Intérieur du Grand Prieuré des Gaules, 1992, n° 10-12, pp.233-237). Cet écossais, nouvelle manière, synthèse de l’écossais vert importé d’Allemagne et des grades écossais pratiqués en France, sera développé au Convent de 1778.

II. Le Convent national des Gaules (1778).
1. La Réforme de Lyon.

Il se tint à Lyon du 25 novembre au 10 décembre 1778, en présence des délégués des Provinces d’Auvergne et de Bourgogne, ceux d’Occitanie n’ayant pas jugé bon de s’y présenter. Il y fut surtout question des hauts-grades et de l’organisation administrative du Rite.

Le titre « Chevalier bienfaisant de la Cité Sainte » remplaça celui de « Chevalier templier« . Cette décision, imposée par Türckeim et Willermoz, n’était pas anodine. Certes la prudence voulait que toute référence à un Ordre condamné par les prédécesseurs du roi régnant et du pontife romain, condamnation jamais révoquée, soit, au mieux, camouflée sous une appellation moins compromettante, mais là n’était pas la raison profonde de cette mesure. Willermoz et ses amis étaient convaincus que la source des connaissances maçonniques et l’origine de l’initiation étaient bien antérieures à l’Ordre médiéval, lequel n’avait été que le détenteur ponctuel et transitoire d’une tradition immémoriale. Les délégués se rallièrent sans peine à cette décision dès la première séance du Convent, même si certains ne le firent qu’avec une réticence inavouée (ce fut notamment le cas de Beyerlé, Préfet de Lorraine et futur adversaire de Willermoz).

La « matricule » (c’est à dire l’organisation territoriale du Régime) des Provinces, Prieurés et Commanderies de l’Ordre Intérieur fut adoptée dans un grand élan d’optimisme, sans trop tenir compte des effectifs à vrai dire squelettiques du système. Le « Code Général de l’Ordredes Chevaliers bienfaisants de la Cité sainte » fut adopté ainsi qu’une « Règle des chevaliers », aujourd’hui perdue. Les rituels de l’Ordre Intérieur, préparés par Türckeim, furent approuvés. A l’inverse des rituels allemands, ils supprimaient les différences basées sur la naissance et admettaient à la « chevalerie » les bourgeois et roturiers pourvu qu’ils puissent faire état de revenus substantiels et d’une situation « honnête » dans la société civile. Les « frères à talents » étaient cependant tolérés, comme dans les loges bleues, à condition que leur présence soit un véritable bénéfice pour l’Ordre.

Les grades symboliques ne furent pas oubliés pour autant. Un « Code maçonnique des loges réunies et rectifiées de France » fut approuvé et les nouveaux rituels, rédigés par Willermoz, ratifiés au cours des 11° et 12° séances (E.Mazet, 1985). Plusieurs copies de ces rituels sont conservées, dont l’une fait partie du fonds Kloss de la Bibliothèque du Grand Orient des Pays-Bas (catalogue VII-h-4). Ce qui suit est basé sur cette copie primitivement destinée au Directoire de Bourgogne et certifiée par son chancelier, Rudolph Salzmann.

2.Les grades symboliques du Convent des Gaules.

Le tableau de la loge d’apprenti est divisé en deux parties: l’une à l’occident figure le porche, l’autre à l’orient figure le temple. Elles sont séparées par une balustrade placée au-dessus d’un escalier à sept marches. Il conduit au pavé mosaïque, situé en face de la porte d’entrée du temple, qui est fermée, entourée des deux colonnes J et B. Aux quatre points cardinaux sont placées quatre portes dont celle d’orient, qui mène au sanctuaire, est elle-aussi fermée. En haut du tableau sont dessinés le soleil, la lune et l’étoile flamboyant laquelle contient en son milieu la lettre G.

« Autour de ce tableau, qui figure l’enceinte intérieure du temple, est tracé à la craie, à quelques pouces de distance, un quarré long dans la même forme qui figure la seconde enceinte ou le second parvis. A égale distance de celle-là, il en sera tracé un autre qui figure la troisième enceinte ou le parvis extérieur dans lequel voyage l’apprenti. On supprime ce dernier pour les voyages du compagnon et tous deux pour ceux du maître ».

La loge d’apprenti est éclairée par « trois flambeaux dont deux seront devant les FF. surveillants et l’autre à l’Orient du côté du Midi« . L’innovation mérite d’être soulignée. C’est en effet la disposition typiquement « écossaise » des flambeaux d’angle, commune au « Rite Ecossais Ancien et Accepté » et au Rite Moderne Belge. Elle semble être apparue en Avignon, vers 1776, dans la loge « Saint-Jean de la vertu persécutée », loge-mère de la loge parisienne « Saint-Jean du contrat social » qui sera le berceau du Rite Ecossais Philosophique (cf. R.Désaguliers, 1983). Il ne peut s’agir d’une simple coïncidence. La proximité dans le temps et l’espace suggère qu’il y eut influence réciproque. Ajoutons cependant que cette disposition des flambeaux était déjà celle de la divulgation française de 1747, « Les Francs-maçons écrasés… », texte énigmatique dont on ne sait trop ce qu’il faut penser mais qui suggère en tout cas que l’idée était dans l’air depuis quelque temps déjà. J’ai déjà eu l’occasion d’insister sur le glissement de sens induit par ce déplacement qui confond autour du tableau les colonnes et les lumières de la loge, je n’y reviendrai pas (cf. G.Verval, 1987, pp.11-24; P.Noël, 1993, pp.61-63).

L’ouverture de la loge d’apprenti se fait par la récitation de répliques de l’instruction et ne diffère guère de celle pratiquée au Rite Français. Le vénérable tient son épée de la main gauche, pointe en haut, tandis que les assistants tiennent la leur pointe en bas. Soulignons l’absence de prière.

Le candidat, dans la chambre de préparation, découvre trois questions « d’ordre »:

  • Croyez-vous à un seul Dieu, créateur de l’univers, à l’immortalité de l’âme et à la nécessité des devoirs qui en résultent?
  • Quelles sont vos idées sur la vertu…?
  • De quelle manière pensez-vous que l’homme puisse se rendre le plus utile à ses semblables?

Le préparateur, après l’avoir entretenu sur ces question, l’examine sur l’opinion qu’il se fait de la maçonnerie avant de souligner que son but est « la vertu, l’amitié et la bienfaisance« .

Introduit dans la loge, le récipiendaire déclare « sa religion et son état civil« , sans qu’il lui soit demandé son nom de baptême. Les voyages, effectués dans l' »enceinte » décrite plus haut sont ponctués de coups de tonnerre et des trois maximes aujourd’hui classiques:

  • L’homme est l’image immortelle de la divinité…
  • Celui qui rougit de la religion…
  • Le maçon dont le coeur ne s’ouvre pas… »

Le candidat monte ensuite « de l’Occident à l’Orient à côté du tableau par le Nord, à pas libres jusque devant la table du Vénérable Maître« . Le serment, pris sur l’évangile de Saint Jean, est l’occasion de la question suivante:

Ce livre sur lequel votre main est posée est l’évangile de Saint Jean. Y croyez-vous? Si vous n’y croyez pas, quel confiance pouvons nous avoir en votre engagement?

En dépit de cette exhortation, le serment ne contient aucune clause de fidélité à la religion chrétienne. Les châtiments physiques sont omis, omission qui traduit sans doute le souci d’hommes parfaitement honorables de n’être pas accusés de crimes imaginaires. C’est le même souci qui poussera le Grand Orient de France à supprimer les pénalités en 1858, exemple que suivra la Grande Loge Unie d’Angleterre en 1985 seulement.

La réception se termine par une courte explication du cérémonial et du tableau, simple ébauche de l’instruction actuelle. Elle ne contient aucune allusion à la progression cherchant-persévérant-souffrant qui sera introduite à Wilhelmsbad. Enfin les secrets sont ceux de la maçonnerie classique du temps, les mots de passe devenant le « nom » de l’apprenti, du compagnon et du maître.

Au 2° grade le candidat, les yeux bandés et dépouillé d’une partie seulement de ses métaux, fait cinq voyages « mystérieux » et entend deux maximes, après les 3° et 5° tours (« L’insensé voyage toute sa vie…L’homme est bon… »). Il est ensuite conduit devant un miroir caché par un rideau. Après que le vénérable l’a incité à rentrer en lui-même pour y passer en revue ses erreurs et ses préjugés, le bandeau lui est enlevé et il contemple son visage « dans le miroir éclairé par un réverbère ». Il gravit ensuite les cinq marches du grade « qu’il demande » avant de les redescendre et de gagner l’orient par la marche des compagnons (cinq pas en équerre en partant du pied droit du côté du midi). Le mot du grade est B…. Par contre le « nom » du compagnon est devenu Gi… sans qu’on sache pourquoi il remplace l’habituel Schi….

Au 3° grade apparaissent le mausolée d’occident et une tête de mort à l’orient.

A l’Occident sera placé sur le mur ou en relief un mausolé (sic), consistant en une urne sépulchrale posée sur une base triangulaire et à trois faces. Dans chaque triangle il y aura trois boules dans les trois angles. Au-dessus du triangle une tête de mort repose sur des ossements. De l’urne sortira une vapeur enflammée avec l’inscription « deponit Aliena ascendit Unus », au-dessous, dans le triangle, on lira ces mots « Tria formant, Novena dissolvunt ».

Les neuf flambeaux d’angle, disposés comme au grade d’apprenti, ne sont allumés que lorsque le candidat est couché dans le cercueil. Introduit à reculons, il découvre le mausolée avant d’entamer neuf voyages, « réduits à trois« , au cours desquels il écoute trois maximes dont existent plusieurs versions. Il gagne ensuite l’orient par sept pas, suivis des trois pas du maître. La légende d’Hiram est lue avant le simulacre du meurtre. Elle est conforme au canon français et l’ancien mot J… est donné in extenso. Le mot substitué, M…B…, est celui en usage dans la maçonnerie anglaise dite des « Modernes », le « nom » du maître est Gabaon.

Au grade de maître écossais seize lumières supplémentaires viennent s’ajouter aux quatre flambeaux d’angle et aux lumières du vénérable, ici appelé député-maître, et des surveillants (soit vingt-cinq en tout) tandis qu’apparaissent le double triangle et la lettre H, disposés au mur d’Orient. Le rituel prévoit deux tableaux dont le premier est en deux parties: le temple en ruines à l’occident, le temple réédifié par Zorobabel à l’orient. Le deuxième tableau montre la résurrection d’Hiram entouré non plus de quatre animaux mais du nom des vertus dont ils étaient l’emblème (Bienfaisance, Prudence, religion et discrétion). La réception, considérablement étoffée, ne diffère guère de celle en usage de nos jours. L’introducteur présente au candidat les mêmes questions d’ordre qu’aux grades précédents et l’invite à y répondre « catégoriquement » avant de lui lier les poignets au moyen d' »une chaîne en fer blanc dont les anneaux sont de forme triangulaire« . Introduit « en maître » dans la loge, l’impétrant écoute un premier discours relatant la destruction du temple avant de gagner l’Orient par sept pas, le premier le conduit à la porte d’occident du tableau, les trois suivants à la porte d’Orient par-dessus le tableau, les trois derniers « en équerre » jusqu’à l’autel. Après l’Obligation, il est reçu « Maître libre écossais » et reçoit l’épée et la truelle. Ainsi armé, il oeuvre à la réédification du temple, relève l’autel des parfums et découvre la lame d’or « qui contient le mot sacré qui était perdu« . Un deuxième discours lui retrace la geste de Zorobabel et les circonstances de la construction du second temple, image bien imparfaite du premier. Enfin investi de l’habit du grade, blanc doublé de vert et bordé de rouge, du cordon vert « mélangé de rouge » et du bijou (à une face seulement), il entend le troisième et dernier discours,  imprégné de martinézisme à peine voilé, qui compare les « révolutions » du temple de Jérusalem, « ce grand type de la maçonnerie« , aux états successifs de la destinée humaine (la gloire de son premier état, la déchéance qui suit la faute, la réintégration promise aux élus). Celle-ci est annoncée par la résurrection d’Hiram « sortant à demi du tombeau« . Enfin le symbole du grade, un lion jouant avec des instruments de mathématiques sous un ciel orageux, et la devise « Meliora praesumo », à la première personne cette fois, lui laissent entendre l’existence d’une étape ultérieure dont les « symboles » seront absents. Les  secrets sont ceux de la Stricte Observance mais le signe se donne cette fois « au front« .

Ainsi furent unis en une synthèse harmonieuse les thèmes de Zorobabel, de la reconstruction du Temple et de la découverte de la parole « innominable » (empruntés aux chevalier d’Orient et aux divers « écossais » français) à celui  de la résurrection d’Hiram entouré des quatre animaux emblématiques des « vertus » maçonniques (propre à l’écossais vert allemand).  Willermoz s’en expliqua plus tard dans une lettre à Charles de Hesse:

« On jugea aussi qu’il conviendrait de conserver sans le quatrième grade les principaux traits caractéristiques de la maçonnerie française pour servir de pont de rapprochement avec elle » (lettre à Charles de Hesse du 12 octobre 1781, in Van Rijnberck, 1935, pp. 166-168) Dans cette lettre essentielle à la compréhension du Rectifié, Willermoz reconnut avoir rédigé les « Instructions Secrètes » de la Profession, non sans ajouter qu » »il ne voulait absolument pas être reconnu pour leur seul auteur ». .

III. Le Convent général de Wilhelmsbad (1782).
1. Les prémisses.

Au début des années 1780, la Stricte Observance traversait une crise grave dont les causes, multiples, sortent de notre propos Les principales étaient le doute grandissant concernant la filiation templière de l’Ordre Intérieur et l’existence des « Supérieurs Inconnus ». La fiction Stuardiste s’était évanouie après les déclarations du principal intéressé à l’envoyé du duc de Brunswick . Le duc de Brunswick annonça en septembre 1780 la convocation imminente d’un Convent général des maçons écossais dont les débats devaient apporter les réponses à toutes les questions qui agitaient l’Ordre. Il ne s’ouvrit que le 15 juillet 1782 à Wilhelmsbad, petite ville d’eaux proche de Hanau. Trente-quatre délégués s’y retrouvèrent, issus des diverses « Provinces » de l’Ordre, et parmi eux les délégués de Strasbourg et de Lyon, bien décidés à y prendre une part prépondérante et à faire ratifier l’abandon de la fiction templière ainsi que la réforme de Lyon dont Willermoz avait communiqué l’essentiel aux deux instigateurs du Convent, le duc de Brunswick (1721-1792) et le prince Charles de Hesse-Cassel (1744-1836), coadjuteur de la VII° Province (Basse-Allemagne) et Maître Provincial de la VIII° Province (Haute-Allemagne) Ce personnage attachant , parent du roi de Danemark, chercha sa vie durant l’illumination mystique dans toutes les sociétés secrètes de son temps. Prêt à tous les excès, (il crut un temps être en communication directe avec le Christ), il déclara, lors de la dernière séance du convent, que le but de la maçonnerie était « la recherche de Dieu, Jehovah ». .

L’enjeu du Convent débordait largement la question des seuls rituels. L’origine de l’Ordre, ses buts réels et son organisation firent l’objet essentiel de séances parfois houleuses et de débats animés. Un compte-rendu critique en fut publié la même année par le Préfet de Lorraine, Beyerlé (absent au Convent) sous le titre « De Conventu Generali Latomorum apud aquas Wilhelmina… », qui appela en 1784 une « Réponse aux assertions du F. A Fascia (Beyerlé)… », tout aussi polémique, rédigée par Willermoz et son collaborateur, Millanois. Plus près de nous, A.Joly (1938) et surtout R.Le Forestier (« La franc-maçonnerie templière et occultiste au XVIII° et XIX° siècles » ,1970) ont relaté les péripéties de cet été 1782. Malheureusement, l’un et l’autre se basèrent sur les deux ouvrages précités, n’ayant pas eu accès aux protocoles authentiques du Convent, d’où le côté parfois incomplet ou erroné de leur analyse. Les protocoles en langue française et la traduction de leur version allemande furent heureusement publiés, il y a quelques années, par des chercheurs belges, en une circulation hélas confidentielle. Ayant eu le bonheur de disposer du produit de leurs recherches, c’est de ces protocoles dont je me suis servi dans ce qui va suivre.

Les treize premières séances furent consacrées à des problèmes administratifs, à la vérification des pouvoirs des délégués et surtout à l’épineux problème de la filiation templière et des buts réels de l’Ordre. Ils ne nous retiendront pas, l’objet de ce travail étant limité aux grades symboliques et, accessoirement, aux Codes qui devaient en déterminer la pratique.

2.La préparation des rituels symboliques.

Lors de la 14° séance (3 août), un comité fut chargé de préparer les cahiers des différents grades et de les soumettre à l’approbation des délégués. Composé de sept membres (Charles de Hesse, acquis aux vues de Willermoz; le chevalier Savaron, Visiteur Général de la 2° Province; Sébastien Giraud, chancelier du Grand Prieuré d’Italie; l’autrichien Euber Bödecker; le baron de Durckeim, Grand Maître Provincial de Bourgogne, 5° Province; Chrétien de Heine, du duché de Schlesvig, et Willermoz ), ce comité reçut à disposition « les rituels approuvés au Convent de Lyon, les grades suédois et ceux de la Grosse Landesloge de Berlin, les rituels des quatre grades intérieurs de la VII° Province et un rituel des Frères Clerici ,également de la VII°Province« . Onze jours plus tard, le 14 août, Charles de Hesse annonça au Convent réuni en sa 15° séance qu’après avoir comparé les anciens rituels à ceux arrêtés au Convent des Gaules, il avait chargé Willermoz de la rédaction du premier grade. Ce dernier donna lecture d’un projet qui s’intitulait « Rituel d’apprenti des chevaliers francs-maçons rectifiés ». Il s’ensuivit une vive discussion sur l’opportunité d’un tel titre, le Convent ayant résolu en sa 13° séance de renoncer à la filiation templière, non sans maintenir qu’il existait « un rapport » entre l’Ordre du temple et celui des franc-maçons, rapport que devait expliciter une « Instruction historique » destinée au dernier grade du Rite. Finalement on décida de ne pas adopter à ce stade l’intitulé de Willermoz, tout en reconnaissant aux loges de Vienne et de Berlin le droit de le conserver, si elles le désiraient. Moyennant quoi le rituel d’apprenti fut approuvé par 15 voix contre 3 après quelques corrections mineures ne portant que sur le style.

Lors de la 16° séance (15 août), Jean de Türckheim, chancelier de la V° Province et ami de longue date de Willermoz, présenta la Règle (à l’usage des loges réunies et rectifiées) qu’il avait préparée, déclarant qu’il l’avait conçue en forme d’une prière ou d’une prescription. Une première mouture ayant paru « trop étendue et trop chargée d’ornements oratoires« , il en avait concentré l’essentiel en une version plus courte  et simplifiée. Les deux furent lues à l’assemblée, toutes deux en neuf articles, la « longue » étant pourvue d’un préambule original et d’un épilogue. Le Convent décida de les approuver également, la version courte devant être lue à l’impétrant lors de son initiation, l’autre lui étant remise pour étude ultérieure.

Lors de la 17° séance (16 août), Willermoz donna lecture du catéchisme et de l’instruction finale d’apprenti, bien augmentée depuis l’ébauche de Lyon. Celui-ci suscita un débat assez vif sur la constitution ternaire de l’homme (esprit-âme-corps) dont le lyonnais voulait qu’elle soit un « secret » (ou « mystère ») de l’Ordre La composition ternaire de l’homme était un de ces points sur lesquels tombaient d’accord tous les occultistes du XVIII° siècle. La cérémonie d’ouverture d’un temple Coen débutait par le dialogue suivant:
« Le Souv: M. demande au Conducteur en chef d’Orient et d’Occident,
Quel est le motif qui vous rassemble dans ce lieu?
Le Commandeur d’Orient répond:
Puiss: M., le désir ardent que nous avons d’acquérir ce que nous avons perdu.
D. Qu’avez vous perdu?
R. La connaissance du corps, de l’âme et de l’Esprit; et de tout ce qui est contenu dans le macro et le microcosme.
D. Pourquoi êtes vous ainsi déchu de toutes ces connaissances?
R. Par la prévarication de nos premiers parents, laquelle nous a plongés dans les plus épaisses ténèbres. »

( « Cérémonies à observer pour les officiers du Temple des Elus Coens », dossier Thory, fonds F.M., Bibliothèque Nationale, Paris)
, illustré par les trois coups de maillet que reçoit le récipiendaire lors de sa consécration. Un délégué allemand, von Kortum, fit remarquer que la triple nature de l’homme, bien qu’enseignée « par plusieurs anciens docteurs de l’Eglise« , n’était que spéculation philosophique. Il suffisait à un chrétien de savoir que « son âme séparée du corps était immortelle« . Willermoz rétorqua que cette doctrine était conforme à l’Ecriture Sainte et explicitement citée par Saint Paul:

Que le Dieu de paix vous sanctifie lui-même en toute matière et que tout votre être, esprit, âme et corps, soit gardé irréprochable pour la venue de notre seigneur Jésus-Christ ( 1° épître aux Thessaloniciens, V.23).

Nonobstant cette opposition, le convent arrêta à la pluralité des voix que l’instruction serait adoptée « salva ratificatione » (sous réserve de ratification).

La 21° séance (21 août) fut consacrée au grade de maître écossais. Certains voulaient sa suppression, d’autres désiraient qu’il devint le premier de l’Ordre Intérieur. A l’opinion de Willermoz qui estimait que le grade écossais devait constituer une classe intermédiaire, séparée à la fois des grades bleus et de l’Ordre Intérieur, Charles de Hesse ajouta que la maçonnerie, par ses trois classes, devait représenter le ternaire fondamental: la 1° classe représentait l’Ancienne Loi, la 3° la Loi Nouvelle, la 2° devait être l’étape intermédiaire composée d’un ou plusieurs grades. Chefdebien, délégué de la III° Province (Occitanie), adversaire déclaré de Willermoz depuis que celui-ci lui avait refusé l’accès à la Grande Profession, ne voyait pas, déclara-t-il, la nécessité de cette classe intermédiaire puisque « l’Ancien Testament s’arrête là où commence le Nouveau« . Finalement on résolut que le grade écossais serait considéré comme le quatrième grade « symbolique » et constituerait une classe intermédiaire entre la maçonnerie et l’Ordre Intérieur, son objet essentiel étant la résurrection d’Hiram et la reconstruction du Temple. La même séance vit la lecture de l’acte de renonciation à la filiation templière, reprise en annexe (n° 147) aux protocoles du Convent.

Au cours de la 22° séance (22 août) fut débattue la question des « symboles » des grades dont certains voulaient qu’ils soient remplacés par ceux en usage dans la maçonnerie habituelle, la colonne brisée et le vaisseau démâté paraissant une allusion trop évidente à l’Ordre du Temple. On passa outre et Willermoz put donner lecture du rituel de compagnon proposé par la commission des rituels. Il fut adopté sans difficulté.

La 23° séance (23 août) vit la définition du nombre et du rang des officiers de la loge. Sept étaient essentiels (Vénérable, surveillants, orateur, secrétaire, trésorier et élémosynaire), deux facultatifs (maître des cérémonies et économe). Plus importante fut la décision de fixer à 21 ans l’âge minimum de réception, « de préférence prouvé par un certificat de baptême« . Cette exigence nouvelle n’était pas, on le voit, dictée par un souci d’orthodoxie religieuse (aucun des délégués n’aurait imaginé qu’on puisse initier un non-chrétien) mais bien par la volonté de s’assurer de l’âge du candidat par le seul document probant à l’époque.

Le projet de rituel du troisième grade fut présenté, par Willermoz toujours, lors de la 25° séance (25 août). Trois points particuliers furent adoptés:

  • Les trois coups donnés au récipiendaire le seraient au front, au coeur et à l’abdomen (curieusement Willermoz ne tint aucun compte de cette décision dans ses remaniements finaux.).
  • L’ancien mot du maître, Jéhovah, ne serait plus enseigné au nouveau maître mais seulement sa première (J) et sa dernière lettre (A).
  • Le nombre de larmes sur le tableau serait indéfini (Willermoz en voulait 27 au grade de maître et 81 à celui d’écossais).

Lors de la 26° séance (26 août), le Convent, sur proposition de Willermoz, estima opportun d’introduire une prière à l’ouverture et à la fermeture de la loge, « à l’instar de ce qui se faisait en Allemagne« . Après lecture du catéchisme du 3° grade, les délégués durent se prononcer sur l’ensemble des trois grades. Après un dernier plaidoyer de Charles de Hesse, les rituels furent adoptés, sous réserve de ratification ultérieurs par les loges du Régime. Il fut donné aux Provinces jusqu’à la fin de 1783 pour donner leur accord final (celui-ci ne vint jamais).

Le lendemain (27 août) eut lieu la réception au grade d’apprenti, selon le nouveau rituel, du Landgraf de Hesse-Hamburg. Le duc de Brunswick ouvrit les travaux qui furent présidés par Charles de Hesse, Willermoz faisant office de préparateur.

La 28° séance fut décisive. Willermoz y présenta un « Projet d’ébauche pour servir de base, au Rituel du 4e Grade » qui donna lieu à une discussion animée.

Le F. ab Eremo a présenté la première Esquisse du nouvel écossisme, 4. Grade de notre Maçonnerie Rectifiée : sur la quelle on a fait plusieurs remarques. On a demandé l’abolition du gibet & de la corde au cou par les récipiendaires : ce qui a été convenu à la pluralité. L’ Em.G.M.Gén. (Brunswick) & le Sér.F. a Leone resurgente  (Charles de Hesse) ont cependant protesté contre l’abolition de la Corde au cou. Le F. a Cruce cerulea  (Hyacinthe Chappes de la Henrière, député de la Préfecture de Nancy) a demandé la conservation des deux tableaux de l’écossisme du Convent des Gaules, surtout le Maître Hiram sortant du tombeau & l’autel avec le feu sacré : on a observé, que les nouveaux symboles présentés dans l’esquisse étaient connus depuis longues années en France, & y avoient été abandonnés. Le F. a Lilio convallium  (Bode) croit que nos maçons ne sont pas encore assez préparés à un écossisme aussi sublime & aussi religieux & a ajouté qu’il se souvenait que le tableau de l’écoss(isme) il y a 20 ans avait été partagé en trois parties: l’inférieur contenant quelques symboles & instruments Maçonniques, au milieu le Chandelier à 7 branches: autel des parfums, table des pains de proposition: l’arche d’alliance & les colonnes du Temple brisés; à la 3ème partie Supérieure il y avait le mont Sion et l’agneau céleste. Le F. ab Eremo a désiré qu’en adoptant le tapis conforme à celui indiqué par le F. a  Lilio convallium, on y ajouta le Maître Hiram Ressuscité & le feu sacré. Le Sér.M.Prov. (Charles de Hesse) étant entré dans les idées du F. ab Eremo, on est convenu de faire la rédaction d’après ces principes. (Orthographe modernisée).

La conclusion s’impose : à Willermoz échut le soin de rédiger la version définitive du 4° grade.

3. Le « Code ».

Le 3 août, lors de la 14° séance, un Comité fut désigné qui devait s’occuper « de tout ce qui avait rapport au Code et à la rédaction des Lois comme Règle, matricule, code des règlements des loges et de l’Ordre Intérieur« . Il fut composé de quatorze membres dont quatre français (Virieu et Jean de Türckheim, alliés de Willermoz; Chappes de la Henrière et Chefdebien, viscéralement opposés au lyonnais). Différents documents lui furent soumis dont les Codes de Lyon n’étaient qu’une partie, à côté des règlements de la Grosse Landesloge de Berlin, des lois et statuts suédois, des codes du Grand Orient de Hollande et d’autres.

Virieu donna lecture des premiers travaux de ce comité lors de la 16° séance (15 août). Il ne s’agissait que d’une introduction aux principes généraux qui devaient présider la rédaction du Code général, laquelle ne put être achevée faute de temps. Après divers rapports toujours partiels, le Grand Maître dut constater que le Code ne pourrait être élaboré au cours du Convent. Lors de la 28° séance (28 août), il en confia la rédaction ultérieure à Virieu, Jean de Türckheim, Kortum et von Knigge. Le lendemain, sur proposition de Virieu, il proposa que ces quatre frères préparent, chacun, un projet de code et le lui envoient. La rédaction finale serait établie au départ de ces propositions.

Le projet n’aboutit jamais et aucun des frères pressentis n’accomplit la tâche qui lui fut confiée. Le Convent s’acheva sur un projet sans lendemain, échec qui ne fut pas sans jouer un rôle dans la dissolution rapide de la Stricte Observance au cours des quelques années qui suivirent Wilhelmsbad. Soulignons en tout cas que les Codes établis à Lyon ne furent pas ratifiés par le Convent général quoiqu’en disent certains.

4. Le « Recès » final.

Le Convent fut clôturé le 1er septembre 1782. Jean de Türckeim lut le « recès » en huit articles, extrait des protocoles des séances, lequel fut adopté à l’unanimité. Son quatrième article traite des rituels:

Notre attention principale s’est portée sur les rituels des trois premiers grades, base commune de tous ceux qui s’appellent maçons. Occupés à réunir sous une seule bannière les autres régimes, nous sentions qu’il était impossible de l’effectuer sans conserver tous les symboles essentiels et séparer ceux que l’esprit de système y avait ajoutés. Pénétrés intimement que les hiéroglyphes de ce tableau antique et instructif tendaient à rendre l’homme meilleur et plus propre à savoir la vérité, nous avons établi un comitté (sic) pour rechercher avec le plus grand soin quels pouvaient être les rituels les plus anciens et les moins altérés; nous les avons comparé avec ceux arrêtés au Convent des Gaules qui contiennent des moralités sublimes et en avons déterminé un pour les grades d’apprenti, compagnon et maître, capable de réunir les loges divisées jusqu’ici et qui se rapproche le plus de la pureté primitive. Nous publions ce travail et invitons les loges à le méditer et à le suivre, permettant aux Provinces qui auraient des observations à y faire de les communiquer à notre Eminentissime Grand Maître Général. Et comme dans presque tous les régimes il se trouve une classe écossaise dont les rituels contiennent le complément des symboles maçonniques, nous avons jugé utile d’en conserver un dans le nôtre, intermédiaire entre l’ordre symbolique et intérieur, avons approuvé les matériaux fournis par le comitté (sic) des rituels et chargé le Respectable Frère ab Eremo (Willermoz) de sa rédaction.

Il n’est pas sans intérêt de comparer cet article à la lettre adressée par le duc de Brunswick aux FF. de la grande Loge Ecossaise-Mère « Frédéric au Lion d’Or » de Berlin (annexe n° 164 aux protocoles du Convent). Datée du 10 août 1782, elle montre la parfaite concordance de vue du « Magnus Superior Ordinis » avec les conclusions du recès:

L’Ordre ostensible des maçons a été divisé en deux classes essentielles, savoir l’Ordre maçonnique et un Ordre Intérieur. Le premier reste composé des trois grades fondamentaux d’apprenti, compagnon et maître, le second des deux grades qui forment ensemble un Ordre de chevalerie sous le nom de chevalier bienfaisant. Les FF. français se sont réservés le droit d’y ajouter ces mots: de la Cité Sainte. Entre le premier et le second il y aura un grade écossais qui n’a pu être fini, mais le plan a été convenu et la rédactiondece gradereste conférée à un de nos frères de Lyon qui a eu grande part à la rédaction des autres. le but particulier de ce grade, qui sera encore symbolique, sera d’offrir un passage de l’Ancienne Loi à la Loi de Grâce ou de Christ, et de préparer par là des vrais chevaliers de la Foy pour l’Ordre Intérieur auquel on réserve la règle et l’administration ostensible du futur Régime réuni.

L’article VI du Recès prit acte qu’il n’avait pas été possible d’entreprendre la rédaction du Code, ce qui aurait nécessité « de prolonger les séances au delà du terme limité par les occupations civiles des députés« . Le Convent s’était borné à en approuver une « introduction ».

Qu’en conclure sinon que, dans l’esprit des délégués et de leur chef, les rituels des trois premiers grades étaient bel et bien achevés. Seul le quatrième restait à l’état d’ébauche et sa rédaction finale confiée à Willermoz. L’affirmation si souvent rencontrée que les rituels bleus de Wilhelmsbad n’étaient qu’esquissés et qu’au lyonnais était confiée la tâche de les achever est une légende, intéressée certes, mais sans fondement. Ceci n’enlève rien au fait qu’il avait pris une part prépondérante à la rédaction des rituels bleus lors du Convent lui-même. Quant au Code définitif, il ne vit jamais le jour. Les Codes adoptés à Lyon, qualifiés à Wilhelmsbad de « précieuses esquisses« , ne furent jamais ratifiés par un Convent général.

5. Les rituels de Wilhelmsbad.

Ils furent imprimés en une brochure de vingt-quatre pages pour le premier grade, neuf pour le deuxième et onze pour le troisième, intitulée « Rituel du grade (d’apprenti, de compagnon, de maître franc-maçon) pour le régime de la maçonnerie rectifiée ». Plusieurs versions manuscrites en sont connues, dont celle conservée à la bibliothèque du Grand Orient des Pays-bas, intitulée « Ritual (sic) du grade d’apprenti pour le régime de la franche-maçonnerie rectifiée, rédigé au Convent général de l’Ordre tenu à Wilhelmsbad en 5782 et Règlements concernant les loges de cérémonie et de réception, aussi pour les banquets d’Ordre » (catalogue n° VI-h-7). Il porte en dernière page la mention « expédié pour la Très R. Grande L. (Régence) écossaise séante à Strasbourg. (signé) Fr. Türckheim cadet, chancelier du Grd. Dir. Ecoss. expédié pour la R.L. La Candeur et Ferdinand aux neuf étoiles à l’Orient de Strasbourg, réunis sous l’inspection de la Rble Grande L. Ecossaise y séante. (signé) F. Metzler, chanc. de la Grde L. Ecossaise ».  Les grades de compagnon et maître portent les numéros VI.h.8 et VI.h.9. Les versions imprimées et manuscrites ne diffèrent que sur quelques points.

Souvent comparables à ceux adoptés à Lyon, ils témoignent néanmoins d’une élaboration remarquable en bien des aspects.

Le triangle fait son apparition au mur d’Orient, avec la mention « Et tenebrae eam non comprehenderunt ». Il y remplace le symbole du grade (la colonne brisée) qui trouve sa place définitive « sur le tapis devant l’autel« . De même, l’étoile flamboyante orne l’Orient au 2° grade et le symbole du grade (la pierre cubique) est disposée devant l’autel.
La lettre B disparaît au 1° grade, modification somme toute logique, inspirée par l’exemple suédois : depuis 1750, cette lettre ne figurait plus sur le tableau d’apprenti (Feddersen, 1982, D/90, pl.5).
Pour la première fois l’ouverture des travaux prévoit l’allumage rituel des flambeaux, « en silence« , par le vénérable et de leur « lumière » par les surveillante et le secrétaire. C’était là une innovation notable, sans doute empruntée par Willermoz aux rituels Coens Lors de l’ouverture d’un temple Coen, l’illumination du « Tribunal » était minutieusement décrite. Elle faisait suite à la prière prononcée par le Souverain maître:
« Illumination.
Ensuite le Souv: M. allume son chandelier et les autres lumières prescrites par les Statuts Généraux: Il a soin que ce soit de la lumière de la bougie placée sur l’autel à l’Orient, laquelle ne doit jamais sortir de sa place. Dans les grandes cérémonies, il prend la bougie qui est au centre de son chandelier à sept branches, en faisant sept tours, à chacun desquels il prononce +.
Lorsqu’il a fini d’allumer les bougies que son grade, il ordonne aux deux Réaux + d’aller prendre chacun une bougie, pour continuer l’illumination.
Les deux Réaux + font ensemble une inclinaison, la main droite à l’ordre, et vont, savoir: celui qui est sur la droite du Souv: M., prendre une bougie du chandelier à trois branches qui est devant le Commandeur d’Orient; et le Réaux + qui est à la gauche, prendre la bougie qui est devant le Conducteur d’Occident; lesquelles ils présentent tous les deux au Souv: M., qui les allume à son chandelier à sept branches et les tend aux deux Réaux + pour aller allumer les autels d’Orient et d’Occident: le Réaux + de la droite, l’Orient; le Réaux + de la gauche l’Occident. Après avoir fait, ils reprennent leurs places en s’inclinant vers l’Orient.
Tandis qu’ils reprennent leurs places les surveillants du T(ribunal) s’inclinent tous les deux vers l’Orient et vont à pas libres allumer leurs lumières à l’autel du Conducteur d’Orient.
Les surveillants du P(orche) font la même cérémonie et allument leur lumière à l’autel du Conducteur d’Occident. »

(« Cérémonies à observer pour les officiers du Temple des Elus Coens », fonds Thory, B.N.)
La ressemblance avec l’illumination de la loge Rectifiée est frappante.
. En 1778 encore, les flambeaux étaient allumés avant l’ouverture de la loge selon l’usage constant de la maçonnerie française. Cet usage, toujours inconnu en Angleterre, sera plus tard adopté par les loges de tous rites et complété, au XX° siècle, par l’énoncé des paroles rituelles « Que la sagesse…que la force …que la beauté… » (au Rite écossais Ancien et Accepté et au Rite Moderne Belge).

Apparaissent également la succession des « heures », si caractéristique du Rectifié , et le retour à l’heure profane lors de la fermeture.

Une prière est prononcée à l’ouverture et à la fermeture de la loge. Le rituel imprimé ne comporte que celle de fermeture. Toutes deux sont contenues dans le manuscrit de La Haye.
Les fonctions du Préparateur sont considérablement développées: 8 pages manuscrites contre deux seulement à Lyon. Les questions d’Ordres sont celles de Lyon dans le texte imprimé. La version manuscrite, sans doute rédigée plus tard, ajoute à la première question cette chute nouvelle: « …et que pensez-vous de la religion chrétienne?« .

A la porte de la loge le récipiendaire décline son nom de baptême et celui de son père. L’introducteur l’abandonne, dès son entrée,  au soin du second surveillant qui lui fait subir l’épreuve du glaive.

La triple enceinte de Lyon disparaît, remplacée par les FF « formant la loge » autour du tapis lors des voyages (par le Nord, le Midi et le Nord) du récipiendaire, lequel assume pour la première fois les états de cherchant-persévérant-souffrant. Après avoir gravi, puis redescendu , les trois premières marches de l’escalier du temple, il gagne l’Orient par « trois grands pas en équerre sur le tapis » (le premier de l’Occident au Midi, le deuxième du Midi au Septentrion, le troisième du Septentrion à l’Orient), subit l’épreuve fictive du sang et prête une obligation qui, innovation sans doute due à la religiosité du duc de Brunswick, contient une clause de fidélité à la « sainte Religion Chrétienne ». Au préalable il a du répondre à la question concernant l’évangile de Saint Jean ainsi formulée: « Votre main est posée sur l’évangile de Saint Jean, le croyez-vous? » (à Lyon, la question était « y croyez-vous? ».). Les châtiments physiques sont remplacés par une pénalité toute morale: « Si j’y manque, je consens d’être réputé homme sans honneur et digne du mépris de tous mes frères… » Les pénalités physiques d’autrefois sont cependant rappelées dans l’Instruction morale du grade qui les énumère in extenso, non sans ajouter qu' »une sage précaution les fit supprimer ».

Le catéchisme, ou instruction par questions et réponses, est divisé en trois sections. Il distingue trois lumières, qui sont « le soleil, la lune et le vénérable maître« , de trois autres, représentées par le chandelier à trois branches de l’autel d’Orient, qui font allusion à la « triple puissance qui ordonne et gouverne le monde« , notion des plus martinéziste malgré son apparence trinitaire. Le premier ensemble ne peut désigner que les flambeaux d’angle. La Bible cesse d’être un « meuble »: « elle signifie le pouvoir qui est confié au vénérable maître, qui est fondé sur la loi même qui constitue la loge« .

Le pavé mosaïque qui à Lyon « ornait le seuil de la porte et s’appliquait aux compagnons » couvre ici « l’entrée du souterrain du temple entre les deux colonnes », rappel sans doute des degrés « cryptiques » que Willermoz connaissait de longue date. N’avait-il pas fait suivre sa signature du titre « Roïal Arche » dans la lettre à Chaillon de Jonville, citée plus haut? Relevons cependant que le souterrain sous le Mont Moriah était également décrit dans un catéchisme des Elus Coens, le « Philosophe Elu Coen de l’Univers ».

L’ouverture successive aux 1°, 2° et 3° grades est prescrite lors des travaux aux grades supérieurs, sans qu’il soit possible d’y déroger. Au grade de compagnon apparaît la 2° maxime (« Celui qui ayant embrassé le chemin de la vérité n’a pas le courage…« ) qui vient compléter les deux prévues à Lyon, tandis que le récipiendaire est dispensé des deux derniers des cinq voyages. Il gagne l’Orient « par les trois mêmes pas du grade d’apprenti par-dessus le tapis » après avoir monté cinq marches en marquant un temps d’arrêt après le troisième.
Au grade de maître, le tableau à tête de mort est triplé ainsi que l’inscription « pensés (sic) à la mort« . Le mausolée est ainsi décrit:

dans l’angle du Sud-Ouest sera un tableau ou mausolé (sic) posé sur une baze (sic) triangulaire élevée sur trois marches. Au milieu de cette baze sera une urne sépulchrale du haut de la quelle s’élèvera une vapeur enflammée ascendante, et détachée de l’urne: au-dessous de l’urne seront à chaque angle du monument trois petites boules de couleurs bien tranchantes faisant en tout neuf, avec ces mots: « Tria Formant »; et au-dessous de la vapeur enflammée sera une autre inscription avec ces mots: « Deponit Aliena, Ascendit Unus ».

Introduit à reculons, le candidat effectue neuf voyages puis monte les sept marches de l’escalier du temple, avant de gagner l’Orient par trois pas « en diagonale par-dessus le tableau« .

L’ancien mot du maître n’est plus communiqué, mais seulement les lettres J. et A., déjà inscrites sur le tapis. Cette décision signifiait l’abandon de la tradition française, conservée au Rite du même nom, qui prévoyait la communication de l' »ancien mot », en fait le tétragramme hébraïque, dès la réception à la maîtrise. Le troisième grade se vit ainsi amputé de sa conclusion logique, d’où la nécessité d’un grade supplémentaire qui vienne pallier cette lacune. Le même processus, en Grande-Bretagne, amena le développement du degré de l’Arche Royale.

Le « nom » du maître est Gabaon et le mot de reconnaissance Schi…

L’ébauche du quatrième grade, avec l’introduction de Saint André et de la Jérusalem céleste, est publié en annexe.

6. L’influence méconnue du Rite Suédois.

En arrivant à Wilhelmsbad, Willermoz ne connaissait des rituels suédois que ce que Charles de Hesse avait bien voulu lui confier dans une lettre du 22 septembre 1780 (publiée in Van Rijnberck, 1948 : 19). Lors de la 12° séance (31 juillet), il demanda que « soient lus les différents cahiers arrêtés au Convent National (de Lyon), ainsi que ceux de Suède et de Berlin ». Il eut gain de cause puisque ceux-ci furent remis, nous l’avons vu, au comité des rituels.

On sait peu de chose du Rte Suédois en dehors des pays scandinaves, sinon qu’il est chrétien et que l’influence française, et non britannique, y est prédominante, la franc-maçonnerie ayant été introduite en Suède en 1735 par le comte Axel Ericson Wrede-Sparre, initié à Paris vers 1730, suivi par le baron Charles-Frédéric Scheffer, initié lui aussi à Paris le 14 mai 1737 dans la loge Coustos-Villeroy, qui devint le premier Grand Maître National en 1753. En 1756, les rituels français utilisés jusque là furent revus par une commission présidée par le Comte Posse, vénérable de la loge Saint Jean Auxiliaire (le baptiste) fondée le 13 janvier 1752. La même année fut « régularisé » Charles Frédéric Eckleff (1723-1786), un employé du ministère des affaires étrangères, qui fonda, le 30 novembre, une loge de Saint-André intitulée « L’Innocente », puis, le 25 décembre 1759, le « Chapitre Illuminé de Stockholm ». Devenu Ordens+Meister, il le présida jusqu’à ce que lui succède, le 14 mai 1774, le duc de Sudermanie (1748-1818) qui deviendra roi de Suède en 1809 sous le nom de Charles XIII.  Ces deux personnages donnèrent au Rite Suédois la forme qui est toujours la sienne : trois grades symboliques dits de Saint-Jean, trois grades écossais, dits de Saint-André, quatre grades capitulaires d’inspiration templière et un grade ultime, le onzième, dit Chevalier Commandeur de la Croix Rouge.

En 1782, le système était encore inachevé. Le prince Charles de Hesse en énuméra les grades lors de la 9° séance du convent :

  • Loges de Saint Jean. Apprentif, Compagnon, Maître.
  • Loges de Saint André. Appr. Comp. Maître.
  • Chev. d’Orient. Historique du T.
  • Chev. d’Occident – continuation du T. , nommé sous officier ou officiant.
  • Grand Officier ou Confident de Saint Jean.
  • Magister Templi

Les rituels scandinaves sont rarement mentionnés et ne sont jamais discutés. Le souci du secret, très développé dans ces lointaines contrées, a toujours empêché qu’ils soient divulgués. Aujourd’hui encore ils sont jalousement conservés dans les archives des loges et confiés aux officiers pour la seule durée des tenues. Ils ne furent jamais publiés en français, ni en anglais. Je n’en connais qu’une divulgation allemande, plus tard traduite en néerlandais, « Sarsena… » (Bamberg, 1816) qui n’en présente que les grades de Saint-André (P.Noël, 1998). Willermoz pourtant les reçut en dépôt, en suédois et en français, ce qui explique que certains d’entre eux (les grades de Saint-André en tout cas) se trouvent aujourd’hui à la bibliothèque municipale de Lyon.

Personne, à ma connaissance, n’a remarqué l’importance des apports suédois aux rituels adoptés à Wilhelmsbad. Il suffit pourtant d’avoir assisté à une tenue au grade d’apprenti, à Stockholm ou ailleurs, pour constater ces emprunts. Je n’en citerai que les plus significatifs :

  • L’absence de la lettre B sur le tableau de la loge d’apprenti.
  • Les répétitions des annonces par les deux surveillants.
  • La succession des heures (midi, midi plein) en ordre croissant et décroissant lors de l’ouverture et de la fermeture des travaux.
  • La triple répétition des signes pour ouvrir et fermer la loge.
  • La succession cherchant-persévérant-souffrant.

(Par contre, l’influence française est tout aussi évidente. Ainsi la disposition des flambeaux d’angle dans ce système est celle du Rite Français (NE, SE et SO), qui fut abandonnée lors de la réforme de Lyon au profit de la disposition « écossaise ». Ajoutons que la réception à la maîtrise est pratiquement identique à celle adoptée par le Grand Orient de France en 1786).

Autre élément significatif, saint André fut introduit à Wilhelmsbad dans l’ébauche du 4° grade. Or celui ci avait été omis à Lyon, délibérément sans doute puisque Willermoz connaissait, depuis 1761 au moins, un « Chevalier de l’Aigle, du Pélican, Chevalier de Saint-André ou Maçon d’Heredon », c’est à dire le Rose-Croix (A.Joly, 1938 :.9). Pourquoi a-t-il introduit, ou accepté, à Wilhelmsbad une référence qu’il avait négligée 4 ans plus tôt ? Est-il insensé de penser que l’importance accordée à l’apôtre par le système suédois fut la cause de ce revirement ?

IV.  Les remaniements d’après Wilhelmsbad.
1.Le demi-mensonge de Willermoz.

Le Convent, loin d’être le succès espéré, sonna le glas de la Stricte Observance. Les loges allemandes rechignèrent à accepter la réforme de Lyon et, pour la plupart, soit en revinrent à la maçonnerie anglaise soit se tournèrent vers d’autres horizons. Là n’est pas notre propos.

Les Français, par contre, voulurent achever le travail entamé. Dans la lettre célèbre qu’il adressa à Charles de Hesse le 10 octobre 1810, Willermoz s’en explique en des termes soigneusement choisis qui ne révélaient que ce qu’il voulait bien dire à son lointain correspondant:

Votre Altesse se rappelle sans doute que le temps que les députés au Convent général pouvaient accorder pour la durée de cette assemblée étant insuffisant pour perfectionner la multitude des travaux projetés, on s’occupa d’abord des plus importantes; on se borna ensuite à esquisser la réforme des grades symboliques et des deux de l’Ordre Intérieur. L’esquisse des trois premiers considérés comme suffisante pour satisfaire la première impatience des loges et des chapitres et leur faire connaître le véritable esprit qui avait dirigé ce travail fut imprimé et distribué aux députés. Une commission spéciale prise dans le sein de l’assemblée parmi les frères d’Auvergne et de Bourgogne, connus pour les plus instruits, fut chargée d’en faire plus à loisir la révision et la rédaction définitive avec la faculté de s’adjoindre à Lyon et à Strasbourg les frères qu’ils jugeraient les plus capables de leur (sic) aider à perfectionner ce grand et important travail. La rédaction définitive adoptée par les trois provinces françaises et celle d’Italie fut présentée à l’Eminent Grand Maître Général qui l’approuva en 1787. Dès lors, ils furent publiés dans les chapitres de France. (in Steel-Maret, 1893, p.6).

Ce n’était là que demi-vérité. Selon le Recès, les grades bleus avaient été bel et bien achevés à Wilhelmsbad, seuls restaient incomplets le quatrième et ceux de l’Ordre Intérieur. Les chevaliers d’Auvergne et de Bourgogne n’avaient nulle part été constitués en commission des rituels et Willermoz avait outrepassé le mandat reçu en remaniant encore les grades bleus. Certes Brunswick avait entériné, en 1787, la version que le lyonnais lui proposait mais jamais il n’eut connaissance de la rédaction finale des degrés, achevée l’année suivante seulement.

La version officialisée par l’accord a posteriori du Grand Maître Général est déposée aux archives municipales de Lyon. Intitulée « Rituel pour le régime de la franc-maçonnerie rectifiée adoptée au Convent général de l’Ordre à Wilhelmsbad en 1782 » (toutes les versions postérieures au Convent portent la mention « adoptée au Convent général »!), elle porte en première page la précision suivante: « Originaux des grades maçonniques pour les Archives du Directoire Général de Lyon en juillet 1784…utilisés de 1783 à 1788″, mais 1788 est biffé et remplacé par 1785, date qui est celle d’une révision dont nous reparlerons. Certifiés par Millanois, ils furent sans doute utilisés jusqu’à cette date (Ms 5922, bibliothèque de la ville de Lyon).

Publiés récemment par l’I.M.R.E.T.(1987), ils ne s’éloignent guère de ceux adoptés à Wilhelmsbad. Comme de juste, ils prévoient l’ajout de la religion chrétienne dans la première question d’Ordre. Pour le reste la seule modification notable est le déplacement du S.E. au N.E. du triple flambeau d’Orient au troisième grade.

Le 5 mai 1785, le Directoire d’Auvergne décida que le nom de l’apprenti serait dorénavant Phaleg, suite aux révélations de l' »Agent Inconnu » A partir d’avril 1785, Willermoz se désintéressa de son système rectifié. Les révélations mystérieuses d’un « agent », écrites sous une inspiration « surnaturelle », analogue au sommeil magnétique, retinrent toute son attention. Il fonda la « Société des initiés »consacrée à l’étude de ces textes et y reçut Saint-Martin. Selon l’agent inconnu, Tubalcaïn était un personnage détestable, « capable des plus honteuses prévarications en voie charnelle ». Le caractère libidineux du « premier ouvrier en métaux » ne permettait pas qu’on utilise son patronage. Ce n’est que deux ans plus tard que les « initiés » devinrent plus critiques, lorsqu’ils apprirent que l’agent n’était autre qu’une chanoinesse de Remiremont, Marie-Louise de Monspey (Madame de Vallière). Elle n’en continua pas moins à leur envoyer ses « révélations » jusqu’à la fin du siècle. Reconnaissons que l’Agent ne faisait que confirmer les affirmations de Martinez. Le « Traité  de la Réintégration des Etres… » distingue deux sortes d’hommes selon qu’ils descendent de Cain ou de Seth. Les premiers sont irrémédiablement perdus, les seconds susceptibles de recouvrer l' »état glorieux » d’Adam avant sa chute.  Tubalcain appartient de toute évidence à la première catégorie, Phaleg à la seconde. . Tubalcaïn étant un ouvrier en métaux, son initiation ne pouvait être qu' »impure », l’apprenti devant être dépouillé de ses métaux. Phaleg, descendant de Sem, béni par Noé, était « le véritable instituteur de la maçonnerie et le premier qui ait tenu loge ».

2. La dernière révision (1787-1788).

La rédaction finale fut achevée par Willermoz de novembre 1787 à avril 1788, époque qui vit le séjour à Lyon de Louis -Claude de Saint-Martin. Est-ce le « philosophe inconnu » qui lui inspira cette ultime révision? C’est possible, sinon probable (je n’affirme rien). L’ancien secrétaire du « Grand Souverain » s’était toujours tenu à l’écart de la maçonnerie templière, malgré une adhésion tardive et de principe, et ses ouvrages montrent qu’il était resté très proche des enseignements de son maître disparu. A-t’il réveillé chez son ami une flamme quelque peu négligée? Des notes de Willermoz le suggèrent (Dachez et Désaguliers, 1990, pp.16-20). En tout cas la dernière version des rituels bleus, envoyée en 1802 au vénérable maître Achard de la loge de Marseille « la Triple Union » (Ms FM 418, B.N. Paris), témoigne d’une imprégnation Coen jamais atteinte jusque là. Elle ne fut jamais, à ma connaissance, soumise à l’approbation des supérieurs allemands de l’Ordre. Ces rituels , utilisés de nos jours par les loges rectifiées de la Grande Loge Nationale française, ne peuvent, en tout état de cause, être présentés comme conformes aux décision de Wilhelmsbad. Ils s’en éloignent par trop d’innovations qui auraient bien surpris les délégués au Convent.

Les instruments (équerre, niveau, perpendiculaire) complètent le tableau du premier grade.

L’Introducteur accompagne le candidat durant ses voyages, avec le second surveillant.

Le candidat rencontre au cours de ceux-ci les « éléments » (mieux vaudrait dire les « essences spiritueuses »): le feu au Midi, l’eau au Nord, la terre à l’Occident. Cette péripétie, que ne connaissent ni le Rite Ecossais Philosophique ni le Rite français ( les épreuves-purifications y furent introduits à la même époque mais leur signification y est toute différente), relève de la cosmologie de Martinez. Le caractère ternaire de la Création  est le reflet de la « Triple Puissance » qui gouverne le monde: la Pensée, la Volonté et l’Action divine, représentées dans la loge par le triple chandelier d’Orient. D’après Martinez, l’Univers a la forme d’un triangle dont la pointe regarde l’occident, chaque angle étant occupé par un des trois éléments fondamentaux de la matière:

Nord                         Sud
eau                          feu

Occident
terre

Au grade d’Apprenti de l’Ordre des Elu-Coens, les trois éléments sont ainsi disposés autour du candidat, couché à même le sol, les pieds vers l’Orient, et enveloppé dans trois tapis, noir, rouge et blanc, emblématiques desdits éléments (C.A. Thory, 1812, pp. 246-247). Le rituel rectifié rappelle cette disposition et souligne que le candidat parcourt les trois régions en lesquelles le monde est divisé.

Les emblèmes de la Justice (à l’Orient) et de la Clémence (à l’Occident), allusions à la chute du premier homme et à la condition de sa « réintégration » en son état primordial, son successivement présentés au récipiendaire lorsqu’il reçoit « le premier rayon de lumière« .

Au grade de compagnon furent introduits la « vertu » du grade (tempérance) et le rejet de pièces de métal (fer, airain, argent) qui ponctue les trois voyages du récipiendaire, usage sans précédent dans la franc-maçonnerie du XVIII° siècle. L’Instruction ajoute qu’elles devraient être cinq, en conformité avec le nombre théorique de voyages dont les deux derniers sont épargnés à l’impétrant.

D : Qu’avez-vous appris dans les trois voyages que vous avez faits?
R : J’ai éprouvé les vices des métaux mais docile aux avis de mon guide, je les ai jetés à mes pieds, hors de l    ‘enceinte du temple et j’ai obtenu des maximes salutaires.
D : Quels étaient ces métaux?
R : Dans mon premier voyage, j’ai trouvé l’argent au Nord; dans mon deuxième, l’airain au Midi et, dans le     troisième, le fer à l’Occident.
D : Pourquoi ne vous a-t’on pas fait éprouver l’or qui est le premier des métaux?
R : Parce que l’or étant à l’Orient, les apprentis et les compagnons ne pourraient le découvrir.
D : Pourquoi ne vous a-t’on pas fait connaître les deux autres métaux?
R : Je ne sais, ayant été dispensé des deux derniers voyages.

Cette péripétie nouvelle était empruntée au grade de Maître élu, quatrième grade de la hiérarchie coen qui en contenait onze (R.Dachez, 1981, pp. 189-191). L’épreuve la plus remarquable du rituel est un ensemble de cinq serments que doit prêter le récipiendaire, aux quatre points cardinaux puis au centre du temple. Chacun se termine par la formule « Abrenuncio » et le rejet d’une pièce de métal: de plomb à l’Occident, de fer au Septentrion, de cuivre au Midi, d’or à l’Orient et d’argent au centre. L’ordre des métaux diffère mais l’inspiration est bien reconnaissable.

Le troisième grade, inchangé dans l’ensemble, voit l’introduction de la vertu de prudence qui complète l’énumération des vertus cardinales.

3. Le grade de maître écossais de Saint André.

Il ne fut achevé qu’en 1809 par Willermoz alors âgé se 79 ans et devenu bien seul:

J’ai annoncé plus haut à Votre Altesse que le travail de rédaction presque fini du 4° grade avait été forcément suspendu en 1789…Vingt années se sont écoulés en cet état, mais l’année dernière après la grande maladie que j’essuyai me voyant rester seul de tous ceux qui avaient participé à cet ouvrage, effrayé du danger que je venais de courir et sentant vivement toutes les conséquences fâcheuses qui en résulteraient si cette lacune dans le régime rectifié n’était pas rempli avant ma mort, j’osai entreprendre de le faire (in Steel-Maret, 1893, pp. 12-13)

Dans cette lettre adressée en 1810 à Charles de Hesse, le patriarche lyonnais rappelait que le Convent n’avait arrêté que les bases du quatrième grade, avec le tableau de la Nouvelle Jérusalem et la montagne de Sion surmontée de l’agneau triomphant. Par contre, il s’abstint soigneusement d’ajouter que les « discours » et l' »Instruction finale », entièrement de sa main, constituaient une introduction très complète à la doctrine de Martinez et un excellent prélude aux enseignements de la (Grande) Profession, que n’avaient jamais, et pour cause, prévus les députés au Convent.. De fait ces textes étaient l’occasion d’expliciter enfin la filiation spirituelle de l’ensemble de l’oeuvre.

Le grade lui-même ne s’écarte guère de l’ébauche de Wilhelmsbad. Le quatrième tableau et son évocation de l’Apocalypse, la référence à saint André paraissent bien appropriés à un grade de transition qui « figure le passage de l’Ancien au Nouveau Testament« . Rien là de bien neuf. Au-delà même de l’ébauche du Convent, Willermoz n’avait qu’à puiser dans ses souvenirs: le dernier grade du chapitre des chevaliers de l’aigle noir n’était-il pas, en 1761, la « chevalier de Saint André » (A.Joly, 1938, p.9). Quant à la Nouvelle Jérusalem, elle apparaissait au grade de « Sublime Ecossais » (source probable du 19° degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté) qui avait pour thème « une haute montagne où il y a une ville carrée qui a douze portes » (lettre de Meunier de Précourt, 1761, in Steel-Maret, 1893, p.75). Ces développements permettaient à Willermoz d’affirmer « L’Ordre est chrétien, il doit l’être  et ne peut admettre dans son sein que des chrétiens ou des hommes libres disposés à le devenir de bonne foi ».

L’instruction était aussi l’occasion de définitions dont le style et la conception semblent empruntées aux catéchismes en usage dans le diocèse de Lyon à l’époque (J.Granger, 1978, in « La Franc-maçonnerie chrétienne et templière des Prieurés Ecossais Rectifiés », 1982). Ainsi en va-t-il des Juifs exclus « religieusement » du Rite, de la fraternité limitée aux seuls maçons chrétiens, de l’Ancienne Loi considérée comme « abolie ». Toutes, notons-le, furent introduites tardivement (les rédactions antérieures les ignoraient) alors que s’affirmait le messagemartinéziste. .

Le patronage de Saint André permit aussi l’achèvement de la médaille du grade. Jusque là,  elle n’avait qu’une face avec le double triangle et l’initiale du nom d’Hiram, comme le montre la médaille de maître écossais de Willermoz conservée à la bibliothèque municipale de Lyon. Depuis la révision finale, elle présente à son revers le martyre de l’apôtre sur la croix « en sautoir » qui porte son nom.

V. Epilogue.

Willermoz vit-il jamais exécuter son dernier rituel? On peut en douter. Le Rite Rectifié ne se remit jamais des événements révolutionnaires qui virent la disparition des institutions fondées avant 1789. Certes quelques loges ranimèrent le flambeau, à Marseille, Avignon, Paris et, surtout, Besançon mais leur existence fut éphémère ou sporadique. Cambacérès, chef de la maçonnerie française sous l’Empire, accepta la Grande Maîtrise du Rite en 1809 mais ce fut là un geste de pure forme. Willermoz remit à la Préfecture de Neustrie (Paris) cahiers et rituels en 1808 mais celle-ci ne survécut guère à cet envoi. Lorsqu’il mourut, le 29 mai 1824, ne subsistaient que le Grand Prieuré d’Helvétie, fondé en 1779, et celui de Bourgogne, reconstitué à Besançon en 1817, tous deux appartenant à la V° Province.

Après quelques années de léthargie, le Directoire  de Bourgogne fut réveillé à Besançon le 5 avril 1840,  peu avant la reprise des travaux (5 juin) de la loge « La Sincérité et la Parfaite Union »  qui s’unit le 26 septembre 1845à la « Constante Amitié » du même Orient. Dépositaires des archives de l’ancien Directoire de Strasbourg, V° province, cette loge, inscrite aujourd’hui encore au tableau du Grand Orient de France, abandonna par la suite la pratique du Rite Ecossais Rectifié, pour ne la reprendre qu’en 1937.

De nos jours, les deux seules filiations légitimes du Rite sont le très irrégulier Grand Orient de France et le Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie, obédience-mère des Grands Prieurés actuels , qu’ils soient  « des Gaules », « de France », « d’Amérique » ou « de Belgique » Comme pour toute obédience de « hauts-grades », leur régularité dépend de celle des Grandes Loges où elles recrutent leurs membres. .

VI. Conclusions.

Mon récit s’arrête là car les péripéties ultérieures renvoient sans plus à l’évolution idéologique et obédientielle des XIX° et XX° siècles. Une seule mérite d’être citée: la décision du Directoire du Grand Prieuré d’Helvétie de scinder le quatrième grade en « maître écossais » et « maître parfait de Saint André » (29 novembre 1893). Cette partition qui allège le pesant rituel de 1809 s’accompagna aussi, heureusement, de la suppression des remarques désobligeantes, voire outrageantes, à l’égard des Juifs ( également expurgées des rituels en usage de nos jours en Belgique).

Les rituels du Rite Ecossais Rectifié furent élaborés en quelques vingt-quatre années, de 1775 à 1809, qui virent un travail intense et une mise en place laborieuse. On peut y distinguer quatre étapes essentielles: les rituels de Lyon, ceux de Wilhelmsbad, la version « courte » de 1785, la version « longue » de 1788, cette dernière caractérisée par une imprégnation martinéziste qui devait culminer dans le rituel de 1809. Rien n’empêcherait, aujourd’hui, les loges rectifiées de choisir l’un ou l’autre de ces rituels successifs, tous conformes à un moment de la pensée du fondateur.

L’empreinte d’un seul homme, Willermoz, donna à toute cette entreprise une cohérence que peuvent lui envier bien des Rites maçonniques. Convaincu que la maçonnerie devait enseigner des « vérités essentielles », il les trouva, ou crut les trouver , dans l’enseignement de Martinez de Pasqually. Ainsi instruit, il n’eut de cesse qu’il ait imprégné l’institution maçonnique de ce martinézisme, allusif dans les grades bleus, apparent dans les discours et l’Instruction finale du quatrième grade, avoué dans les Instructions secrètes de la Profession. Reconnaissons qu’il sut habilement se servir de la tradition maçonnique française pour communiquer un message théosophique qui lui était étranger.

Mais si le martinézisme est sans conteste la ligne directrice de la réforme, la structure du Rite reste celle de la maçonnerie ordinaire, c’est à dire une adaptation plutôt réussie de l’héritage britannique. Heureusement d’ailleurs puisque cela seul justifie qu’il ait sa place au sein de la maçonnerie régulière. Nous pouvons sans crainte poser la prémisse suivante: le Rite Rectifié est une forme parmi d’autres de maçonnerie traditionnelle qui s’en distingue par un apport doctrinal extra-maçonnique dont chacun fait ce qu’il lui plaît, Martinez n’étant ni un juge infaillible ni, a fortiori, un Père de l’Eglise.

Le christianisme du Rite, si souvent allégué, est, à mes yeux, un faux problème. Certes Willermoz était un chrétien dévot et un catholique engagé, ce que n’étaient ni Martinez ni Saint-Martin, chrétiens eux aussi mais bien peu orthodoxes. Les rituels qu’il rédigea s’en ressentirent malgré le soin qu’il mît à les rendre acceptables aux luthériens de Strasbourg et d’ailleurs. Vu le personnage, on ne peut s’étonner d’affirmations écrites sous l’Empire telles : « Les Juifs, les mahométans et tous ceux qui ne professent pas la religion chrétienne ne sont pas admissibles dans nos loges » (Instruction finale du quatrième grade) ou encore  « L’institution maçonnique, tous les faits le démontrent, est religieuse et chrétienne » (lettre de 1814-1815, in cahiers verts, n°10-12, 1992, pp. 241-268). Willermoz était un homme de son temps, d’une époque où les Juifs n’étaient que tolérés dans la société. Rien ne sert de le lui reprocher, n’est pas l’abbé Grégoire qui veut! Remarquons plutôt qu’il fallut 1809 pour que soit explicitée une exclusion jusque là tacite. Outre une radicalisation due à l’âge que j’appellerais volontiers le syndrome de Jean Barrois, j’y verrais plutôt la réaction à une situation nouvelle qui rendait plausible  ce qui était autrefois impensable: la candidature d’un Juif à l’initiation maçonnique. N’avaient-ils pas enfin acquis, en 1791, ce droit de cité que l’Ancien Régime leur avait toujours refusé?

Les oeillères et les petitesses du patriarche lyonnais, pour compréhensibles (je ne dis pas excusables) qu’elles soient, suffisent en tout cas pour que nous refusions, sans crainte d’altérer la « tradition », des affirmations aujourd’hui inacceptables même pour l’Eglise de Jean-Paul II. Certains affirment, certes, que le Rite Rectifié est chrétien dès le premier grade  et ne peut accepter que des chrétiens à l’initiation. Cette évidence découlerait du contenu des rituels, sans même qu’il faille insister sur la personnalité de son rédacteur. Or les rituels symboliques , si on veut bien les lire naïvement, ne disent rien de tel. Ils sont d’abord des rituels maçonniques entièrement basés sur la construction du temple de Salomon et sa réédification par Zorobabel, sans  contenu intrinsèquement chrétien.

La clause de « fidélité à la Sainte Religion Chrétienne » de l’obligation Il ne suffit pas d’exiger dans un serment la fidélité  à la religion chrétienne (ou israélite, ou musulmane) pour que l’objet de ce serment devienne chrétien (ou israélite ou musulman). Imaginez qu’une telle clause soit ajoutée au serment d’Hippocrate, cela ne ferait pas de la pratique médicale une pratique chrétienne (ou israélite ou musulmane). , le nom de baptême du candidat et celui de son père (question qui revient à exclure les convertis, un comble même à l’époque), la question d’ordre concernant la religion chrétienne (introduite après Wilhelmsbad) sont des ajouts de surface qui ne changent rien ni au fond des rituels ni à leur « efficacité » initiatique, ni même à l’économie générale du système comme le démontre à satiété l’usage constant des loges Rectifiées belges qui les ont supprimés depuis l’introduction du Rite dans ce pays. L’exposition de l’évangile de Saint Jean est une constante de la maçonnerie continentale depuis son introduction en France et ailleurs (14) L’insistance sur l’Evangile de Saint Jean  vient, me semble-t’il, non de son contenu « ésotérique » mais plutôt de l’importance toute particulière que lui accordait l’Eglise catholique d’avant le Concile de Vatican II. Son prologue était exposé durant la messe et lu par le prêtre après qu’il eût renvoyé les fidèles, quel que soit le jour de l’année liturgique. . Quant aux prières elles ne présentent aucun caractère confessionnel et peuvent être prononcées par tous. Qu’en conclure sinon que les grades bleus rectifiés sont exclusivement « vétéro-testamentaites » comme leurs homologues du Rite Moderne Belge ou du Rite Anglais (ce qui bien sûr n’interdît à personne d’en faire une lecture chrétienne, comme c’est depuis toujours le lot du Pentateuque ou de ce merveilleux chant d’amour charnel qu’est le Cantique des Cantiques). Willermoz lui-même l’admit dans une lettre adressée à Bernard de Türckheim (8 juin 1784, in Renaissance Traditionnelle, 26:285, 1978):

Vous ne pouvez nier que les trois premiers grades ne peuvent présenter que des emblèmes et des symboles…tous fondés sur le temple de Jérusalem ou l’Ancien Testament qui lui-même est fondé sur la Loi écrite ou religion révélée qui a succédé à la Loi ou religion naturelle, lesquelles sont désignées dans nos loges par les deux colonnes du vestibule.

L’Instruction finale de 1809 ne dit rien d’autre:

Tout ce que vous avez vu jusqu’à présent dans nos loges a eu pour base unique l’Ancien Testament et pour type général le temple célèbre de Salomon à Jérusalem qui fut et sera toujours un emblème universel.

Avec le quatrième grade apparaît une autre dimension. Le tableau final est la première référence chrétienne univoque qui soit présentée au maçon rectifié dans le corps d’un rituel, et non dans une glose connexe ou un commentaire parallèle. Rien là que de très normal puisque ce tableau « dont l’explication est si facile figure pour le maçon le passage de l’Ancienne Loi qui a cessé à la Nouvelle apportée aux humains par le Christ » (Instruction finale). Le message est clair. Si les grades bleus sont « vétéro-testamentaires » et maçonniques, ce cycle est clos par le quatrième grade qui annonce ou plutôt ouvre le cycle chevaleresque chrétien. Les deux Ordres, maçonnique et équestre, articulés par un grade de transition, sont distincts comme le sont le Craft britannique et l’Ordre des Knights Templar (ou du Red Cross of Constantine), articulés par le degré intermédiaire du Royal Arch. Dans les faits, le Rite Rectifié s’aligne sur la maçonnerie anglo-saxonne qui offre une série de degrés non-confessionnels et d’autres, chrétiens, ouverts à tous ceux qui en acceptent la spécificité. Rien n’empêche donc qu’un maçon reçoive les quatre premiers grades du Rite rectifié et s’abstienne de poursuivre si sa conscience lui interdit d’accepter le christianisme de l’Ordre Intérieur. N’est-ce pas ce que  Willermoz écrivait  dans la lettre déjà citée de 1814-1815:

La première des trois question d’Ordre présentée à la méditation du candidat dans la chambre de préparation est ainsi formulée: quelle est votre croyance sur l’existence d’un Dieu créateur et Principe unique de toutes choses, sur la Providence et sur l’immortalité de l’âme humaine, et que pensez-vous de la religion chrétienne? A cette question le candidat répond librement tout ce qu’il veut et on ne le conteste nullement. On lui présente les mêmes questions aux deuxième, troisième et quatrième grades et on ne le conteste point sur ses réponses. Mais au quatrième on le prévient que le moment est venu de faire connaître franchement ses pensées sur leur contenu et que ses progrès ultérieurs dans l’Ordre dépendront de la conformité de ses principes et opinions avec ceux de l’Ordre.

Le candidat répond donc librement à la question « sans qu’on le conteste« , il peut exprimer une conviction qui ne soit pas celle de son interlocuteur et néanmoins être reçu jusqu’au quatrième grade inclus. Qu’espérer de mieux? Son admission dans l’Ordre Intérieur, seule, dépendra « de la conformité de ses réponses« . Laissons là le côté déplaisant et inquisitorial du questionnaire, impensable de nos jours (dans les Ordres chrétiens anglo-saxons, le candidat doit reconnaître une Foi trinitaire sans que nul ne s’avise de s’informer si elle est « conforme » aux principes de l’Ordre), contentons-nous de l’aveu même s’il est involontaire, ce que je concède volontiers. Sans doute Willermoz a-t-il mal mesuré ses paroles, n’ayant jamais prévu la lecture iconoclaste que j’en fais, pas plus qu’Anderson n’a imaginé ce que certains feraient de son « athée stupide »! Qu’importe si, dans une intuition prémonitoire, le lyonnais a laissé échapper un propos qui, aujourd’hui, permet la pratique harmonieuse d’un des Rites les mieux conçus que la maçonnerie connaisse, en parfaite concordance avec les principes de la Franc-Maçonnerie régulière .

Résumé.

Stricte Observance 1775.

  • Symboles des grades bleus et devises
  • Lumière en deux temps, « Sic transit Gloria Mundi »
  • Ecossais vert: quatre lumières, un tableau (Hiram ressuscitant)

Lyon 1776.

  • symbole du 4°grade (lion…)

Lyon 1778.

  • questions d’Ordre
  • disposition « écossaise » des lumières
  • maximes
  • Question-test évangile de Saint Jean
  • omission des pénalités
  • miroir au 2°
  • mausolée du 3°
  • Ecossais:

* deuxième temple

* trois tableaux

* Zorobabel

* découverte du « Nom »

Wilhelmsbad 1782

  • triangle d’Orient
  • allumage des flambeaux
  • prières
  • nom de baptême et « Sainte religion Chrétienne »
  • structure ternaire de l’homme
  • ouverture successive aux trois grades
  • disparition du mot de maître
  • ébauche du 4° grade (saint André)

Lyon 1785

  • Phaleg
  • déplacement du flambeau du S.E. au 3°

Lyon 1788

  • Justice et Clémence
  • épreuves des éléments
  • rejet des métaux
  • vertus cardinales

Lyon 1809 (4°grade)

  • 4° tableau
  • Saint André
  • discours et instruction martinézistes

—-

Bibliographie.

Bernheim A. (1998) : « La Stricte Observance ». Acta Macionica 8 :67-97. Bruxelles.
Charrière L. (1938) : »Le Régime Ecossais Rectifié et le Grand Orient de France. Notice historique: 1776-1938″. Paris
Dachez R. (1981) : « Les premiers grades Coens. A propos d’un grade d’Elu (4° grade) ». Renaissance Traditionnelle 71: 161-192)
Dachez R. et R.Désaguliers (1989-1990) : « Essai sur la chronologie des rituels du Rite Ecossais Rectifié pour les grades symboliques jusqu’en 1809. » Renaissance Traditionnelle 80:286-316; 81:1-56
Désaguliers R. (1983) : »De la loge-mère de Marseille à la « Vertu Persécutée » d’Avignon et au « Contrat Social. » Renaissance Traditionnelle 54-55:88-101.
Feddersen K.C.F. (1982) : « Die Arbeidstafel in der Freimaurerei ». Quatuor Coronati n°808 Bayreuth
Granger J. (Eques a Rosa Mystica) (1986) : « La franc-maçonnerie chrétienne et templière des Prieurés Ecossais Rectifiés ». Paris
Joly A. (1938) : « Un mystique lyonnais et les secrets de la franc-maçonnerie. Jean-Baptiste Willermoz. 1730-1824. » Lyon
Mazet E.(1985) : « Les Actes du Convent des Gaules ». Travaux de la loge nationale de recherches « Villard de Honnecourt » 2°série, 11:57-106.
« Minutes des Protocoles français tenus à l’assemblée du Convent Général de Wilhelmsbad en 1782 avec recès original du Convent en langue française et annexes aux protocoles » (deux volumes) Circulation privée. Bruxelles.
Noël P. (1993) : « Genèse et devenir du Rite Français dit Moderne ». Acta Masonica 3:37-76, Bruxelles.
Noël P. (1998). « De Stocholm à Lyon. D’un rituel suédois et de l’usage qu’en fit J.B.Willermoz ». Acta Macionica 8 :99-150., Bruxelles.
Steel-Maret E. (1893) : « Archives secrètes de la franc-maçonnerie ». Lyon. Rééd. Slatkine, Paris-Genève, 1985.
Thory C.A. (1812) : « Histoire de la fondation du Grand Orient de France ». Rééd. 1981, Paris
Van Rijnberck G. (1935-1938) : « Un thaumaturge au XVIII° siècle. Martinez de Pasqually, sa vie, son oeuvre, son Ordre ». Deux volumes, Lyon.
Van Rijnberck G. (1948) : « Episodes de la vie ésotérique. 1780-1824 ». Lyon.
Var J.F. (1991) : « La Stricte Observance ». Travaux de la loge nationale de recherches « Villard de Honnecourt » 2°série, 23:15-122
Verval G. (1987) : « La spécificité du Rite Ecossais rectifié ».  Nivelles

Remerciements.
Je remercie chaleureusement mon ami Frits van Geleuken qui m’a communiqué les copies des rituels établis aux Convents des Gaules et de Wilhelmsbad (références dans le texte), conservés au fonds Kloss de la bibliothèque du Grand Orient des Pays-Bas.

Légendes des planches :
Pl. 1: loge  d’apprenti de la Stricte Observance. Noter la disposition des chandeliers d’angle.
Pl. 2: tableau du 3° grade (Stricte Observance).
Pl. 3: tableau du 4° grade (Stricte observance): Hiram sortant du tombeau.
Pl. 4: tableau d’écossais tiré de la divulgation « Les francs-maçons écrasés… » (1747).
Pl. 5: tableau d’apprenti, Rite Suédois, vers 1770.

Annexe
N°1: esquisse du 4° grade adopté à Wilhelmsbad.

Notes

Protocole et charte de référence commune dans la pratique du Rite Ecossais Rectifié (2008)

PROTOCOLE DE « BONNE CONDUITE »

Les Puissances Souveraines signataires soussignées :

  • Grand Prieuré Indépendant de France.
  • Province d’Auvergne (GPDP, GPDF, GPDLA, GPDOMTOM)
  • Grands Prieurés Unis des Trois Provinces.
  • Grand Prieuré Écossais Réformé et Rectifié d’Occitanie.

Toutes constituées en Régime Écossais Rectifié,

Entretiennent entre elles des rapports de considération fraternelle et pour certaines des rapports de reconnaissance mutuelle pour lesquelles des traités bilatéraux ont été signés.

Elles conviennent, dans le ressort de leur influence, qu’un protocole de « bonne conduite » visant des aspects déontologiques particuliers, peut être utile à l’exercice paisible de leur juridiction pour le bien de l’Ordre Rectifié en général ou de leur Régime spécifique particulier.

Le présent protocole vise à adopter une attitude commune concernant des aspects ponctuels de procédure d’admission de leurs membres dans le cas d’espèce précis défini ci-après.

C’est le cas où elles reçoivent (par commodité appelé Régime entrant) une demande individuelle d’affiliation d’un Frère ayant reçu les grades supérieurs au troisième degré dans un antre Régime (appelé par commodité Régime sortant) et a fortiori une demande d’intégration d’une Loge.

Elles conviennent, en effet qu’une telle demande ne peut être que le produit d’une situation exceptionnelle pouvant résulter certes d’un libre choix (démission) mais aussi de circonstances particulières parfois douloureuses ou encore reprochables (radiation quel que soit le motif, exclusion, dissolution,….) et qu’il est souhaitable qu’une information à ce sujet soit obtenue du Régime sortant.

Elles arrêtent en conséquence la procédure suivante :

  1. En cas de réception par un Régime Entrant d’une demande d’affiliation d’un Frère ayant reçu des grades supérieurs au troisième degré du Rite Ecossais Rectifié dans un autre Régime, et, a fortiori, d’une demande d’intégration de Loge supérieure au troisième degré, le Régime Entrant fait part au Régime Sortant de cette demande pour recueillir ses observations.
  2. La communication s’effectue de Grande Chancellerie à Grande Chancellerie.
  3. Passé le délai de trente jours sans retour d’information, la demande est réputée ne pas susciter d’observations.
  4. En cas d’observations, le Régime Entrant est toujours libre de passer outre, sa seule obligation étant la transmission de l’information au Régime Sortant.
  5. L’obligation ne concerne que le Régime Entrant, mais n’exclut pas qu’une information spontanée soit donnée par le Régime Sortant lors de la constatation du départ, cette initiative n’étant que facultative et en principe réservée aux cas graves.
  6. Si d’autres aspects déontologiques méritaient d’être traités, ils feront l’objet d’un avenant aux présents à l’initiative de l’un des Régimes soussignés, mais ne concernera que les seuls signataires à l’avenant.
  7. Le présent protocole pourra toujours être dénoncé sans préavis par l’une des Puissances Souveraines soussignées sans affecter l’opposabilité du présent aux autres Régimes.
  8. Les règles de visite sont ici précisées par un document annexe.
  9. Si une Puissance Maçonnique autre que celles figurant dans ce protocole désire à son tour l’entériner, sa demande sera examinée par l’ensemble des signataires et ne pourra être admise qu’à l’unanimité de ces derniers.

 

CHARTE DE RÉFÉRENCE COMMUNE DANS LA PRATIQUE DU RITE ÉCOSSAIS RECTIFIE

Entre les Puissances Souveraines soussignées :

  • Grand Prieuré Indépendant de France
  • Province d’Auvergne (GPDP, GPDF, GPDLA, GPDOMTOM)
  • Grands Prieurés Unis des Trois Provinces
  • Grand Prieuré Ecossais Réformé et Rectifié d’Occitanie

EXPOSE DES MOTIFS :

La pratique du Rite Écossais Rectifié s’organise au sein de Régimes dépendant de Puissances souveraines et autonomes.

Afin de favoriser entre elles un dialogue commun et de se retrouver sur l’essentiel, compte tenu de la diversité des sensibilités de la voie rectifiée, les puissances souveraines soussignées arrêtent les principes qu’elles estiment communs concernant le fondement des valeurs et de la spiritualité dont elles sont porteuses.

  1. Référence à un principe de transcendance dégagé de tout aspect dogmatique qui ressortirait notamment d’Eglises, de communautés religieuses représentatives ou organisées. Aucun des sacrements (baptême,…), ou rites (messe, …) pratiqués dans une quelconque religion, ne conditionne l’admission dans un Régime Rectifié, ni n’est exigé du maçon rectifié, ni pratiqués en tant que tels dans les assemblées tenues sous l’égide des signataires ; il en est de même pour tout acte civil qui pourrait leur être substitué. Il n’appartient pas aux Régimes susvisés de qualifier le caractère révélé d’une vérité. Cette transcendance s’identifie à une Parole vivante dont le flux circule par l’effet d’un travail maçonnique créé dans leurs assemblées lorsqu’elles sont régulièrement constituées dans l’esprit des Convents fondateurs de 1778 et 1782. Ainsi, tout membre des Régimes susvisés est parfaitement libre de son éventuel engagement religieux personnel et il lui est reconnu une liberté absolue de conscience.
  2. Référence aux valeurs morales et à l’approche ésotérique du Christianisme des origines et plus particulièrement celui de Jean dont l’Evangile ouvert au Prologue préside à tous les degrés du Régime.
  3. Référence au principe de progressivité initiatique : Le Rite Écossais Rectifié reconnaît la progressivité de l’initiation qui suppose, en conséquence, qu’entre la collation des degrés successifs, un temps de maturation minimum, avec une pratique régulière reconnue, soit observé (sauf dérogation dûment motivée). Chaque Régime a une perception propre de ces temps de collation, mais des temps minima, sensiblement équivalents, sont admis suivant une grille minimum à définir.

Il est notamment reconnu que :

  • La collation du quatrième grade ne saurait intervenir avant un délai minimum de quatre années après la maîtrise.
  • L’accès à l’Ordre Intérieur ne saurait intervenir avant un délai de pratique du quatrième grade inférieur à trois ans.

Code Maçonnique des Loges Réunies et Rectifiées de France (1778)

Approuvé par les députés des Directoires de France au Convent National de Lyon en 5778

 
INTRODUCTION

Nul ordre, nulle société ne peut exister sans lois. L’exécution de ces lois assure la prospérité de la société ; leur oubli ou leur infraction en amène la décadence et la ruine.

La sagesse de celles qui dirigent l’Ordre Maçonnique, aussi respectable par son ancienneté que par son utilité, l’a fait triompher du temps et de ses adversaires, malgré les atteintes que lui ont portées quelques-uns de ses membres, soit par leurs vices personnels, soit par les abus multipliés, qu’ils ont tâché d’y introduire. S’il a perdu de son ancienne splendeur dans quelques contrées de l’Europe c’est à ces membres corrompus qu’il faut l’attribuer, le vulgaire ayant injustement rendu réversible sur le corps entier ce qui le scandalisait dans des individus, qui, malgré le beau nom dont ils se paraient étaient cependant tout à fait étrangers à l’Ordre Maçonnique. Mais les mêmes vertus, qui l’ont préservé, peuvent encore lui rendre toute la gloire, et même il n’a jamais cessé d’en jouir dans les lieux où la pratique de ces vertus a été la base de tous ses travaux.

On ne peut cependant se dissimuler, que cette espèce de Maçons qui prétendent avoir acquis ce titre par la cérémonie de leur réception, quelque irrégulière qu’elle ait été, se sont multipliés considérablement dans certaines contrées, où il se trouvait peu ou point d’établissements réguliers ; ignorant les véritables lois de l’Ordre ils en ont créé d’arbitraires, qui favorisaient leur ambition et leur cupidité ; ils ont porté dans ces nouvelles et nombreuses sociétés le goût pour l’indépendance et pour les plaisirs bruyants que l’Ordre a toujours condamnés, et pour soutenir l’espèce de considération ; qui était nécessaire à leurs vues intéressées. et qu’ils avaient surpris par les dehors mystérieux d’une fausse science, ils ont surchargé leurs cérémonies de nouvelles productions toujours plus chimériques et plus absurdes les unes que les autres, et dont le plus grand nombre des Maçons a été longtemps la dupe.

Mais tandis que l’erreur multipliait ainsi les prosélytes, les vrais Maçons plus circonspects dans leur marche et plus difficiles dans leur choix faisaient des progrès lents mais assurés Moins jaloux de captiver la multitude que d’acquérir de dignes Frères, ils attendaient en gémissant que le prestige eut cédé, et que reconnaissant l’erreur dans laquelle on avait été entraîné, on marquât un désir sincère d’entrer dans les vues. légitimes de l’Ordre et de suivre scrupuleusement les lois, en le dépouillant de tout intérêt personnel et de tout esprit de domination. Mais dédaignant par principe ces grands moyens, qui assujettissent les volontés ils ne devaient attendre cette importante révolution que du temps et de la disposition libre des esprits.

Cependant quelques Maçons plus zélés qu’éclairés mais trop judicieux pour se nourrir longtemps de chimères, et lassés d’une anarchie dont ils sentaient le vice, firent des efforts pour se soustraire à un joug aussi avilissant. Des Loges entières dans diverses contrées, sentant la nécessité d’un centre commun dépositaire d’une autorité législative se réunirent et coopérèrent à la formation de divers grands Orients. C’était déjà de leur part un grand pas vers la lumière mais à défaut d’en connaître le vrai point central et le dépôt des lois primitives, elles suppléèrent au régime fondamental par des régimes arbitraires particuliers ou nationaux, et par les lois qui ont pu s’y adapter. Elles ont eu le mérite d’opposer un frein à la licence destructive, qui dominait partout, mais ne tenant point à la chaîne générale, elles ont rompu l’unité en variant les systèmes.

Des Maçons de diverses contrées de France, convaincus que la prospérité et la stabilité de l’Ordre Maçonnique dépendaient entièrement du rétablissement de cette unité primitive, ne trouvant point chez ceux, qui ont voulu se l’approprier, les signes, qui doivent la caractériser, enhardis dans leurs recherches par ce qu’ils avoient appris sur l’ancienneté de l’Ordre des Francs-maçons, fondé sur la tradition la plus constante, sont enfin parvenus à en découvrir le berceau ; avec du zèle et de la persévérance ils ont surmonté tous les obstacles et en participant aux avantages d’une administration sage et éclairée, ils ont eu le bonheur de retrouver les traces précieuses de l’ancienneté et du but de la Maçonnerie.

Une autre erreur bien commune et bien dangereuse enfantée dans ces temps de troubles et d’anarchie que nous déplorons, et accréditée depuis par l’usage. consistait à regarder les fonds d’une Loge, provenant des réceptions, comme lui appartenant en propre, sans reddition de compte à ses supérieurs ; delà la multitude de Loges formées sans constitutions légales pour favoriser la cupidité de quelques prétendus maîtres et de ceux, avec qui ils voulaient bien partager les produits de leur trafic. Delà encore ces dépenses énormes employées en banquets trop somptueux, et en futiles et magnifiques décorations qui n’étant plus surveillées ont absorbé des fonds, dont la destination était bien plus précieuse, et ont été comme autant de larcins faits aux vues de bienfaisance qui caractérisent l’Ordre, et qui devaient le rendre. respectable aux yeux des profanes.

Il était toutefois aisé, en réfléchissant sans intérêt personnel d’après les principes d’une raison éclairée, de reconnaître que les Loges ne font que des sociétés particulières, subordonnées à la société générale, qui leur, donne l’existence et les pouvoirs nécessaires pour la représenter dans cette partie d’autorité qu’elle leur confie ; que cette autorité partielle émane de celle qui réside essentiellement dans le centre commun et général de l’Ordre, représenté, par ces Corps préposés à l’administration générale et particulière des différents districts et au maintien et à l’exécution de ses lois ; qu’aucune d’elles ne peut exister régulièrement, que par un consentement exprès des chefs légitimes de l’Ordre, constaté par la patente de constitution qu’ils lui donnent à la charge de se conformer aux lois statuts et règlements de l’Ordre, sans laquelle tous les actes de la Loge seraient nuls et clandestins, et les rétributions qu’elle exigerait, une véritable concussion ; qu’en vertu de cette constitution, la, Loge acquiert à la vérité la faculté et le pouvoir de recevoir légitimement au nom de l’Ordre dans les quatre grades maçonniques, et de percevoir les rétributions prescrites, mais que le produit de ces rétributions appartient proprement à l’Ordre en général, vu que les Loges n’agissent, et ne peuvent agir – qu’en vertu des pouvoirs qu elles en ont reçus.

Il s’ensuit que l’Ordre, devant pourvoir au bien-être de tous ses établissements doit céder aux Loges sur ce produit tout ce qui est nécessaire à leur entretien, et un excédent, qui puisse les mettre en état, par une sage économie, de remplir d’une manière satisfaisante et solide les vues bienfaisantes de l’institut ; mais qu’il peut et doit s’en réserver une portion, pour l’exécution des mêmes projets pour l’Ordre en général, et pour subvenir aux frais considérables dune administration aussi étendue qu’elle est importante. Cette manière de voir plus sage et plus vraie, en prévenant les déprédations et les dépenses inutiles et immodérées, aurait produit en France les effets les plus salutaires, et aurait rendu l’Ordre des Maçons aussi respectable aux yeux du vulgaire qu’il a été avili par les abus. Pour s’en convaincre, il ne faut que jeter les yeux sur les contrées du nord de l’Europe, où l’esprit de l’institut s’est mieux conservé. On verra avec autant de plaisir que de surprise les immenses secours, que les Directoires ont procuré dans toutes les circonstances calamiteuses, et les établissements patriotiques qu’ils y ont formé pour le soulagement de l’humanité. Pourquoi donc les Maçons français aussi compatissants et généreux qu’aucun autre peuple de l’Europe, ne s’empresseraient ils pas d’imiter de si grands exemples, en s’unissant à un régime si utile et si satisfaisant, surtout lorsqu’ils auront la certitude, que le dépôt des produits et son emploi est rigoureusement surveillé et administré avec sagesse. C’est ce dont ils vont être instruits par le précis du gouvernement général et particulier de l’Ordre.

 
PRÉCIS

Du gouvernement général de l’Ordre des Franc maçons, d’après les lois fondamentales, observées dans le régime réformé et rectifié

L’ordre entier de la Franc-maçonnerie rectifiée est gouverné par un Grand Maître général, par des Grands Maîtres nationaux et Administrateurs provinciaux, et par des Directoires Écossais et des grandes Loges Écossaises, qui ont sous leur inspection ou tout l’Ordre en entier, ou une nation, ou une province, ou un district, ou un département particulier.

Chaque Grande Loge Écossaise est composée d’un Chef ou Président, des officiers nécessaires à la régie de son département et des Députés – Maîtres, qui y sont compris, et qui sont chargés d’inspecter chacun les Loges de son arrondissement particulier, et d’en rendre compte à la grande Loge Écossaise.

Chaque Directoire Écossais est composé de son Président, des représentants des Grandes Loges Écossaises, et des officiers nécessaires à l’administration de son district.

Les grands Directoires provinciaux sont composés d’un Administrateur général, d’un visiteur, d’un chancelier, et des Représentants des Directoires et Grandes Loges Écossaises.

Le grand Directoire national enfin est présidé par le Grand – Maître national, comme chef principal de la nation, des administrateurs provinciaux, des présidents des Directoires, et des conseillers et officiers nécessaires pour sa régie et pour son administration.

Par le moyen de l’ordre ainsi établi, les Loges et établissements inférieurs sont régulièrement représentés dans les corps supérieurs, et concourent à tous les actes qui en émanent. L’autorité réside dans tout l’Ordre assemblé régulièrement en Convent général. Les Convents nationaux et provinciaux peuvent fixer la législation particulière d’une nation ou province, en tant qu’elle n’est pas contraire aux lois générales de l’Ordre.

Les causes litigieuses maçonniques sont jugées en première instance par le Comité Écossais de chaque Loge, présidé par le Vénérable Maître. De là elles peuvent être portées par appel à la grande Loge Écossaise ; de là au Directoire Écossais, et enfin en dernier ressort au grand Directoire national, mais sans effet suspensif.

Les objets de finance, qui regardent la Loge, sont discutés dans le Comité Écossais, et ensuite communiqués à la Loge entière, et les comptes sont visés par le Député Maître et envoyés à la grande Loge Écossaise, pour y être examinés. On ne peut disposer des fonds d’une Loge qu’avec le consentement de ses membres. La même chose a lieu pour les caisses des établissements supérieurs.

C’est d’après ces principes, que sont rédigés les Règlements généraux à l’usage des Loges réunies ; Règlements qui sont d’autant plus à la convenance de chacun, que tout engagement dans quelque classe ou établissement de l’Ordre que ce soit, admet et autorise de droit les réserves de ce qu’on doit au Souverain, au gouvernement, à la religion qu’on professe, et aux devoirs particuliers de l’état qu’on a embrassé.

Tout Frère, reçu dans une Loge rectifiée, ou affilié à ses travaux, est tenu de signer ce Code Maçonnique, et de promettre de s’y conformer et de concourir à en maintenir l’exécution. Il est permis cependant à chaque Loge de faire des Règlements particuliers sur ce qui dépend de son local, pourvu qu’ils ne soient pas contraires à ces Règlements généraux et qu’ils soient approuvés par la grande Loge Écossaise, ou par le Directoire Écossais dont elles dépendent. Ils seront joints alors aux premiers, et signés de tous les Frères de la Loge.

On trouvera placé en tête de ces règlements généraux les qualités qu’on exige dans le Franc maçon, membre d’une Loge réunie, les devoirs moraux qui lui sont imposés, les soins que prennent les Loges rectifiées pour la conduire et le bien-être de leurs membres, et l’esprit de fraternité et la liaison intime entre les Frères, qui caractérisent les Loges réunies et rectifiées.

 

Des qualités et des devoirs d’un vrai Franc Maçon

Le premier engagement du Franc maçon en entrant dans l’Ordre, est d’observer fidèlement ses devoirs envers Dieu, son Roi, sa patrie, ses Frères et soi-même. Il ne le prête après qu’on s’est assuré du respect qu’il porte à la Divinité, et de l’importance qu’il attache aux devoirs de l’honnête homme . La cérémonie de sa réception, tout ce qu’il voit et entend, lui prouve que tous les Frères sont pénétrés de l’amour du bien. Tous se sont engagés par les promesses les plus saintes, d’aimer et de pratiquer la vertu, de se vouer à la charité et à la bienfaisance, et de respecter les liens, qui les unissent l’Ordre et à leurs Frères.

Les temps sont passé où, méconnaissant l’esprit de la vraie Franc-maçonnerie, on n’a jugé du mérite d’un candidat que par l’augmentation des fonds ; où l’obligation maçonnique n’était qu’un jeu de mots, et les cérémonies de réception qu’un amusement puéril et souvent indécent ; ces temps, où l’on rougissait en public de ce qu’on approuvait en Loge, a où l’on craignait de rencontrer dans la société civile un homme, qu’on venait d’embrasser comme Frère. Ils sont passés ces temps malheureux, la honte de la maçonnerie, et nous tirerons le rideau sur des abus, auxquels une sage réforme a porté remède.

Fidèle aux lois primitives de l’Ordre, la Franc-maçonnerie d’après le régime réformé et rectifié, exige dans le candidat un désir sincère de devenir meilleur et d’appartenir à un Ordre, qui ne se montre au dehors que par des bienfaits, et qui compte parmi ses membres ce qu’il y a de plus respectable dans la société civile. On fait des perquisitions exactes sur son caractère, ses principes et ses mœurs, et on s’informe soigneusement, si son cœur est ouvert aux cris des malheureux, et s’il fait aimer et apprécier les douceurs de l’amitié. Si on n’a pas proscrit toute perception pécuniaire, c’est qu’on a vu, qu « en renonçant à tout objet d’économie et de finance, on se priverait de la principale ressource pour faire le bien. Il suffit qu’on soit persuadé, que l’argent qu’on donne est administré avec sagesse et employé utilement. C’est mériter la reconnaissance d’un homme bien né que se servir des moyens qu’il offre pour faire des actes de bienfaisance.

Les Loges réunies et rectifiées regardent donc les mœurs avec raison comme un objet important et digne de toute leur attention. C’est surtout à l’égard des jeunes Maçons que cette attention se manifeste. Dès qu’un homme a été jugé digne d’être associé aux travaux maçonniques, il est sûr de trouver dans ses frères des guides sages et prudents ; tous les yeux sont ouverts sur sa conduite. On le reprend avec douceur, lorsqu’il tombe dans quelque faute, il est ramené quand il a le malheur de s’égarer, il est soutenu dans ses entreprises difficiles, on lui témoigne hors de la Loge comme dans son enceinte les égards dus à son mérite ; quelles que puissent être les barrières que la fortune ou la distance des états aient mises entre eux. Si des exhortations secrètes et fraternelles ne suffisent pas pour ramener un jeune Maçon qui s’est égaré, on a recours à des moyens plus efficaces ; on le suspend d’un certain nombre d’assemblées, ou on l’exclut totalement. Car l’indulgence serait déplacée et même criminelle dans les cas, où elle compromettrait la réputation d’un Ordre, qui a le pus grand intérêt à la conserver intacte. En pareil cas le jugement d’exclusion ou de longue suspension doit être notifiée à toutes les Loges réunies et rectifiées, non seulement pour qu’elles s’y conforment, mais aussi pour soutenir par cet acte de rigueur et d’éclat la vertu chancelante des faibles. Mais on ne doit punir que pour corriger. Si donc un tel frère revenait à lui et changeait de conduite, la Loge s’empressera de le réhabiliter, avec la même publicité, qu’elle avait donné à son inconduite.

C’est en veillant religieusement sur la discipline maçonnique et en pratiquant scrupuleusement les vertus que l’Ordre enseigne, qu’on réussira à déraciner entièrement les préjugés du vulgaire contre notre Institut, et qu’on rassurera tous les hommes sur le genre et l’objet de nos travaux. Un père éclairé, une mère tendre désireront le moment qu’ils redoutaient jusqu’ici, celui qui ouvrira à leurs enfants les portes de notre temple. On s’accoutumera à regarder nos Loges comme des écoles de bienfaisance, et on envisagera la réception d’un homme, comme le garant de son mérite.

Les voyageurs, séparés de leurs amis, ont plus besoin que d’autres de l’attention et des soins paternels des Loges. L’on ne se contente donc pas de les pourvoir de certificats ; on les recommande spécialement à l’amitié et à la bienfaisance des Loges et des frères, qui les composent, et les prie de remplacer auprès d’eux les frères qu’ils viennent de quitter, de les aider de leur conseil et de leur crédit, et de les secourir dans le besoin en les assurant de la réciprocité la plus parfaite.

Ces soins bienfaisants, imposés comme devoirs stricts et indispensables, deviennent pour les vrais Francs-maçons des sentiments nécessaires à leur bonheur ; indépendamment de l’estime publique, la pratique des vertus procure des jouissances vraies et durables à ceux, qui les remplissent fidèlement. C’est en aimant qu’on se fait aimer, et ce n’est que quand on inspire ce sentiment, que l’exemple des vertus qu’on donne, produit des effets salutaires et durables.

 

CHAPITRE PREMIER – Du Grand Directoire National.

Le Grand Directoire National est présidé par le Grand Maître National, et composé des trois Administrateurs des provinces, des sept Présidents des Directoires et de huit officiers nationaux. Ces derniers ont chacun leur département particulier.

LE Grand Directoire ainsi composé, forme le dernier tribunal pour toutes les causes maçonniques, qui concernent les Loges réunies de la nation.

LE Grand Chancelier national préside à la correspondance générale de toute la nation, et signe toutes les expéditions qui sont faites dans la chancellerie nationale. C’est à lui que sont adressées toutes les causes et plaintes, qui doivent être portées devant le tribunal suprême. Les Loges réunies lui envoient de même l’acte de leur installation, et tous les ans les tableaux, qui contiennent les noms, âges, qualités civiles et maçonniques de tous leurs membres tant ordinaires qu’associés libres et honoraires, des Frères à talents et des servants ou gardes de la Loge.

 

CHAPITRE II – Des Directoires Écossais.

Les Directoires Écossais ont le droit exclusif de constituer chacun les Loges de son district. Leurs officiers sont inamovibles et ne peuvent être changés de même que ceux des Grandes Loges Écossaises, que sur leur démission volontaire, ou malversation bien prouvée. Les Patentes de constitution sont expédiées à la demande de la Grande Loge Écossaise du département, s’il y en a déjà d’établie, ait nom du Grand Maître National et de l’administrateur du District, par le Directoire Écossais et visées par le Président de la Grande Loge Écossaise. Ce sont encore les Directoires Écossais qui donnent aux Loges les instructions, grades, lois et règlements de l’Ordre, de même que les emblèmes, symboles et devises pour les Loges et pour les chambres de préparation.

Les principales dignités et charges du Directoire Écossais, par lesquelles les Loges peuvent avoir des relations avec lui, sont indépendamment du Président.

Le Visiteur du District, qui, outre les visites qu’il est tenu de faire dans les Grandes Loges Écossaises, peut visiter aussi les Loges de son District, et se faire rendre compte de leurs travaux et de leur administration, de même que de l’état de leurs caisses, pour en faire son rapport au Directoire.

Le Chancelier, qui est le chef de la correspondance du District, et surtout de celle qui regarde la réunion ou fondation de nouvelle Loge. Il préside à la chancellerie directoriale, et signe comme tel toutes les expéditions, actes, lettres et patentes.

 

CHAPITRE III – Des grandes Loges Écossaises.

Les Grandes Loges Écossaises sont établies dans chaque District pour la régie immédiate des Loges réunies qui en dépendent. Elles y doivent veiller à l’exécution des lois et règlements prescrits, et au maintien du bon ordre et de la discipline. C’est à elles que les Loges réunies doivent s’adresser dans toutes les demandes qu’elles ont à former, et ce sont elles encore, qui sont la première instance d’appel pour toutes les affaires litigieuses ou autres qui concernent les Loges de leur département.

Les Patentes de constitution sont expédiées sur la demande faite par les Grandes Loges Écossaises, qui peuvent être chargées en outre par le Directoire Écossais dont elles dépendent, de communiquer aux Loges les instructions, grades, lois et règlements établis dans l’Ordre, de même que les emblèmes, symboles et devises pour les Loges et chambres de préparation.

C’est le visiteur particulier de la Grande Loge Écossaise, qui fera l’installation des nouvelles Loges de son Département dont il sera fait acte sur les registres de la Loge, et copie collationnée en sera envoyée à la Grande Loge Écossaise, au Directoire Écossais et au Grand Directoire National. C’est lui aussi qui est chargé de visiter ou faire visiter de temps en temps les Loges du District, inspecter leurs travaux, vérifier les registres et les comptes, et en faire le rapport à la Grande Loge Écossaise. Les visites extraordinaires ordonnées spécialement par la Grande Loge Écossaise pour prendre connaissance plus positive sur quelques faits graves et importants, ou demandées par quelque Loge du département, seront faites aux frais de la Loge, ou des Loges, qui les auront occasionnées.

Le Chancelier est le chef de la correspondance ; il préside à la chancellerie et a le soin particulier de tout ce qui y a rapport. Il signe en cette qualité toutes les lettres, expéditions, actes, lettres patentes, etc., qui émanent de la Grande Loge Écossaise.

Toutes les Loges ont pouvoir de conférer les trois grades symboliques à tous ceux qui en seront jugés dignes ; le quatrième, qui avait été exclusivement réservé aux Grandes Loges Écossaises, a été cédé par elles aux Loges dans la dernière assemblée nationale ; mais elles sont tenues de demander le consentement de la Grande Loge Écossaise, pour chaque réception par le moyen du Député Maître, en lui envoyant avec les nom, âge et qualité civile du candidat, le lieu de sa naissance et de son domicile.

 

CHAPITRE IV – Des Loges réunies et rectifiées.

Sous la dénomination de Loges réunies, on entend toutes celles, qui sont fondées ou rectifiées par patentes de constitution, émanées du Directoire Écossais du District auquel elles appartiennent en vertu de l’engagement qu’elles ont formé avec le Directoire d’observer fidèlement et invariablement les règlements généraux faits et à faire, et de se conformer en tout aux lois, statuts et usages de la Maçonnerie rectifiée, qui leur seront indiqués.

On entend par Loges fondées, celles qu’un Directoire. établit nouvellement, sans qu’elles aient eu auparavant aucune constitution légale. On rectifie celles qui, constituées par un grand Orient quelconque et pourvues de patentes régulières, veulent s’unir aux Loges rectifiées sous les Directoires, et s’engager à suivre exclusivement le régime qu’ils prescrivent, pour participer à tous ses avantages.

Les Loges réunies par constitution d’un Directoire, sont autorisées par l’esprit de fraternité, qui doit animer tous les Maçons, à entretenir correspondance avec les Loges non réunies, mais constituées par un Grand Orient quelconque. Elles peuvent aussi les visiter, et les admettre dans les travaux des trois grades fondamentaux de la Franc-maçonnerie, d’apprenti, de compagnon et de maître, en se conformant réciproquement aux usages de la Loge qui est visitée. Mais elles ne peuvent prendre aucune part directe au régime des Loges non réunies, ni leur rien communiquer par écrit de ce qui appartient au régime des Loges réunies. Elles ne pourront avoir aucune correspondance directe avec aucun grand Orient, sans une permission expresse et par écrit du Directoire Écossais, dont elles dépendent.

Les Directoires Écossais de France, voulant faire participer les Loges réunies de leur district aux avantages, qui leur ont été réservés par un traité d’union fait entre eux et le grand Orient de France, se sont engagés de demander pour chaque Loge qu’ils fondent ou rectifient, des lettres d’agrégation au grand Orient de France, que ce dernier ne peut pas refuser, en conséquence, il a été convenu par ledit traité, que chaque Loge qui n’aurait pas déjà des lettres de constitution du grand Orient de France, paierait une fois pour toutes pour ses lettres d’agrégation, la somme de 36° et chaque Grande Loge Écossaise celle de 72°. A cet effet, aussitôt qu’une Loge aura été réunie sous un des Directoires de France, elle dressera un tableau certifié de ses officiers et membres, et une copie de sa patente de réunion au Directoire, pour en être visés et envoyés au grand Orient, avec la demande des lettres d’agrégation. Les Loges déjà constituées par le grand Orient de France avant leur réunion n’ont pas besoin de lettres d’agrégation, leur ancienne patente du grand Orient en tenant lieu.

Chaque Loge Réunie est gouvernée et régie par son Vénérable Maître ou l’Ex Maître et les deux Surveillants. Elle a de plus un Orateur, un Secrétaire, qui est en même temps garde des Sceaux et archives, un Trésorier, un Elémosynaire, un Maître des Cérémonies et un Économe de la Loge.

S’il se trouvait plusieurs Loges réunies dans une même ville, qui s’assembleraient pour la célébration d’une tête ou pour quelque autre affaire importante, la Loge générale sera lors présidée par le Député Maître, qui représente, en tout dans sa résidence la Grande Loge Écossaise du département. Us Frères se placeront alternativement avec ceux des autres Loges, chacun dans son grade, en commençant par la Loge la plus ancienne rectifiée.

Dans le cas extraordinaire où une Loge viendrait à se dissoudre, ou à changer de régime, les patentes de constitution, registres, livres de comptes, meubles et bijoux maçonniques seront déposés entre les mains du Député Maître, ou de son représentant, à la disposition de la Grande Loge Écossaise du département. Le reliquat des caisses sera versé dans la caisse du département ; et si quelques Frères de ladite Loge voulaient se réunir pour en former une nouvelle sous l’inspection des Directoires, ils seraient tenus de requérir de nouvelles lettres de constitution. Tous les membres d’une Loge réunie sont donc intéressés à conserver le régime rectifié, et à en soutenir l’existence, en maintenant parmi eux l’accord le plus parfait.

 

CHAPITRE V – Du Député Maître.

Le Député Maître est un dignitaire inamovible de l’Ordre, nommé par la Grande Loge Écossaise, dont il reçoit ses provisions et ses instructions. Il représente la Grande Loge Écossaise du département. Il est l’inspecteur perpétuel et particulier de la Loge ou des Loges établies dans la ville ou l’arrondissement t pour lequel il est député, et à ce titre il a droit d’entrée dans toutes les Loges de son arrondissement, tant en personne que par son représentant. Il est aussi le représentant né de toutes 1es Loges de son arrondissement auprès de la Grande Loge Écossaise, à laquelle il rend compte de sa gestion.

S’il réside habituellement dans le lieu où siège la Grande Loge Écossaise du Département, il propose à cette dernière un Frère pour le représenter dans la ville et le district où il est député. Mais s’il réside dans ce dernier lieu, il se fait représenter dans la Grande Loge Écossaise par un Frère, approuvé de même par elle.

En sa qualité de Député Maître, il n’a point droit de présidence dans aucune Loge des trois premiers grades. Mais en cas de réception au grade de Maître Écossais, ou d’assemblée générale de plusieurs Loges de son arrondissement, c’est à lui à présider, Hors de ces cas, il a dans toutes les assemblées maçonniques, auxquelles il assiste, la place d’honneur à la droite du Vénérable Maître, qu’il cède à un supérieur, s’il y en a.

Il est le premier conseiller des Loges de son arrondissement, ainsi que des Vénérables Maîtres qui les gouvernent ; et en cette qualité, il a droit d’entrée et de suffrage dans tous les Comités de la Loge.

IL doit être appelé aux élections du Vénérable Maître et des principaux officiers de chaque Loge de son arrondissement, qu’il préside quand il est présent. Il a droit de suspendre cette élection, si elle ne se faisait pas conformément aux règlements généraux de l’Ordre, dont il est chargé spécialement d’assurer l’exécution.

 

CHAPITRE VI – Du Comité Écossais de la Loge.

L’expérience a démontré que le grand nombre des délibérants est plus nuisible qu’avantageux aux délibérations, qui exigent un examen réfléchi ; que la diversité d’opinion, qui naît des différents degrés de connaissances, que les Maçons acquièrent dans les grades, multiplie les obstacles, tend à exciter des mécontentements particuliers et devient souvent une cause de schismes et de divisions. On ne saurait donc prendre trop de précautions, pour prévenir de pareils inconvénients par des lois, qui assurent un examen tranquille et réfléchi à toutes les propositions essentielles à la Loge, et maintiennent à chacun de ses membres, qui ont voix délibérative, le droit de voter dans la classe, lorsqu’il s’agira de prononcer définitivement sur les propositions qui pourraient la concerner.

A cet effet, il sera formé dans chaque Loge réunie un Comité, composé exclusivement de tous les Maîtres Écossais de la Loge, présidé par le Vénérable Maître. Les lumières qu’ils ont acquises par leurs grades, et les épreuves qu’ils ont subies pour y parvenir, doivent leur assurer la confiance de la Loge, pour l’administration générale de ses affaires.

Le Comité aura ses registres particuliers pour ses délibérations, qu’il ne fera jamais qu’en travail ouvert. Les officiers de la Loge y rempliront leurs fonctions, s’ils sont de grades à pouvoir y être admis, et à défaut il en sera nommé dans le Comité même.

Il dirigera la correspondance au nom de la Loge et lui en fera son rapport sur la communication, qui en aura été donnée par le Frère secrétaire ; il recevra et examinera toutes les propositions concernant la Loge et nommément celles qui sont relatives à la police intérieure et à l’administration des finances et règlements des comptes.

Tout ce qui regarde les Maîtres Écossais y est réglé définitivement, mais les affaires de la Loge en général n’y sont décidées que Provisoirement, et la Loge aura toujours le droit de confirmer ou de réformer la décision du Comité, lorsqu’elle lui est communiquée.

Les Maîtres, membres ordinaires ou associés libres de la Loge, ont seuls voix délibérative, les apprentis et compagnons n’ayant que la consultative, si le Vénérable maître juge bon de leur demander leur avis.

Quelque temps avant celui qui est convenu pour la nomination annuelle ou triennale des officiers, le Comité Écossais formera en présence du Député Maître ou de son Représentant, par la voie du Scrutin, un tableau des Frères éligibles et le présentera à la Loge, en nommant trois sujets pour la place de Vénérable Maître. Le choix de ces officiers parmi les Frères éligibles se fera en Loge générale par les Maîtres et les Maîtres Écossais à la pluralité des voix.

 

CHAPITRE VII – Des accusations et punitions, et du Comité de conciliation.

Les Loges réunies étant dirigées par les lois primitives d’un Ordre de paix et de charité, doivent se distinguer par la plus grande décence dans leurs assemblées. Dès lors toute accusation frivole, équivoque ou indécente, de même que tout propos libre, et toute médisance et plaisanterie piquante sont proscrits, et les infracteurs à cette loi seront sévèrement punis selon la gravité des cas. D est aussi sévèrement défendu de parler en Loge de religion et de matières politiques.

Si un Frère a commis une faute qui ait scandalisé quelqu’un, le Frère qui l’aura remarqué pourra avec permission accuser publiquement le délinquant ; mais si une telle accusation faisait craindre un plus grand scandale encore, ou était de nature à blesser quelque Frère personnellement, l’accusateur sera tenu de la confier en secret au Vénérable Maître, qui agira d’après sa prudence.

S’il se commet en Loge une faute grave, qui exige un examen réfléchi, il y scia délibéré, et l’accusé ayant été entendu, il sera condamné s’il est coupable à une peine proportionnée au délit, dont il pourra appeler au Comité Écossais, à moins que ce ne soit devant lui que la cause ait été agitée en première instance.

La soumission aux lois de l’Ordre et l’obéissance à ses Chefs étant spécialement recommandée aux Maçons, chaque Frère doit se soumettre sans hésiter à la peine à laquelle il a été condamné. Elle sera augmentée s’il s’y refuse, ou s’il s’y prête avec un air de plaisanterie ; on pourra même le faire retirer pour le juger avec sévérité et prévenir les suites d’un mauvais exemple de l’insubordination.

Les fautes légères sont punies par des amendes dans le tronc des pauvres, les fautes graves sont punies par suspension du droit d’assister à un certain nombre d’assemblées et même par l’exclusion locale temporaire ou perpétuelle, qui sera signifiée à toutes les loges réunies de l’ordre entier.

Tous les différends qui s’élèvent entre Frères, soit maçonniques, soit civils, doivent être portés devant le Comité de conciliation, avant que de passer au tribunal qui doit les juger.

Ce Comité sera composé du Député Maître ou de son Représentant, du Vénérable Maître et de l’Elémosynaire ; si leurs premiers soins sont infructueux, les Frères nommeront chacun un arbitre, lesquels nommeront un surarbitre à leur choix.

Ce n’est qu’après que ce Comité n’aura pu réussit selon ses vœux à rétablir la paix et l’harmonie parmi les Frères, qu’on laissera le cours à la justice ordinaire.

Du Comité Écossais les différends sont portés par appel devant la Grande Loge Écossaise, toutes fois sans effet suspensif ; de là l’appel est porté au Directoire Écossais et de celui-ci au Grand Directoire National.

Les différends entre Loges sont jugés par le tribunal qui leur est supérieur, à moins qu’elles ne conviennent entre elles de se soumettre à la sentence arbitrale d’une Loge Écossaise voisine, avec l’agrément de leurs Supérieurs immédiats.

 

CHAPITRE VIII – Du Vénérable Maître

Le Vénérable Maître est le Chef et l’organe de la Loge, dont il convoque et préside les assemblées. Il la gouverne pendant trois ans conjointement avec ses officiers qui sont éligibles tous les ans.

Cette charge étant une des plus importantes de l’Ordre maçonnique ne doit être confiée qu’à des Frères d’un mérite reconnu, d’un zèle bien éprouvé, et qui joignent à un esprit ferme et éclairé toute la douceur du caractère’, nécessaire à des fonctions aussi essentielles.

A la fondation ou rectification d’une Loge, elle présentera trois sujets de ses membres à la Grande Loge Écossaise, qui les nommera à son choix aux places de Vénérable Maître et des deux Surveillants. Ils seront ensuite installés par le Visiteur de la Grande Loge Écossaise, ou par le Député Maître du lieu.

Dans une Loge fondée et rectifiée, le Vénérable Maître est choisi de trois ans en trois ans parmi trois Maîtres Écossais, présentés par le Comité Écossais. Cette élection se fera dans le mois qui précède la Saint Jean Baptiste, par le scrutin à la pluralité des voix, en présence du Député Maître ou de son Représentant, et aussitôt communiquée à la Grande Loge Écossaise du département. L’installation du nouveau Vénérable Maître sera faite par le Député Maître. Le prédécesseur deviendra de droit Ex Maître adjoint.

Le Vénérable Maître est spécialement chargé de veiller au maintien des lois de l’Ordre, et à l’exécution des règlements ; il doit gouverner la Loge avec douceur, prudence et fermeté, y maintenir la subordination, y faire respecter l’Ordre et ses Chefs, et veiller surtout à la frugalité et à la décence dans les banquets, en se rappelant qu’il est responsable envers l’Ordre des écarts ou abus qu’il tolérerait. Il doit pareillement veiller à l’exactitude des recouvrements économiques, et à la reddition des comptes tous les trois mois.

Dans les délibérations, le Vénérable Maître peut voter le premier ou le dernier à son choix ; en cas d’égalité de suffrages, il remettra la délibération à la prochaine assemblée, si l’affaire est de nature à pouvoir être différée. Si alors les suffrages sont encore égaux, le Vénérable Maître jouit de la voix prépondérante.

 

CHAPITRE IX – Des Surveillants et autres officiers de la Loge.

Les Surveillants, de même que les autres Officiers de la Loge, sont élus à la Pluralité des voix parmi ceux que le Comité Écossais aura présentés comme éligibles. Ces élections se font tous les ans dans le mois qui précède la Saint Jean-Baptiste. Tous les Officiers de La Loge, à l’exception du Frère Économe, doivent être choisis de préférence parmi les Maîtres Écossais, comme étant plus en état d’aider le Vénérable Maître dans ses fonctions.

Les Surveillants sont après le Vénérable Maître et I’Ex Maître, les principaux Officiers de La Loge. Ils doivent l’aider en tout dans sa gestion, et veiller à ce que tous les autres Officiers remplissent leurs fonctions avec zèle et exactitude. En cas d’absence du Vénérable Maître et de l’Ex Maître, s’il y en a, ils président la Loge.

L’orateur porte la parole dans toutes les occasions solennelles au nom de la Loge. Il doit à la réquisition du Vénérable Maître instruire les Frères de leurs devoirs et des choses de l’Ordre à leur portée. Dans les Loges de réceptions, l’explication et les instructions des grades peuvent tenir lieu de discours. La prudence exige que tous les discours de l’Orateur soient préalablement communiqués au Vénérable Maître, avant que d’être prononcés en Loge.

Le secrétaire est chargé spécialement de la correspondance de la Loge, Il signe par mandement de la Loge et expédie les lettres, tableaux et certificats ; il porte sur le protocole de la Loge les réceptions, agrégations, délibérations et élections. Tout acte est signé par le Vénérable Maître, les deux Surveillants et le Secrétaire.

On ne fera et dira dans l’assemblée même que la minute ou le brouillon du protocole, qui sera signé et paraphé par celui qui a présidé la Loge. Le Secrétaire l’écrira chez lui au net et en fera lecture à la première assemblée, pour être signé par le Vénérable Maître, les Deux Surveillants et le Secrétaire.

Les réceptions, agrégations et affiliations seront aussi signées par les Frères, qui ont été reçus, agrégés ou affiliés. En marge, sur les registres et protocoles seront écrits les noms des visiteurs et de tous les Frères présents. Le Secrétaire convoque la Loge aux jours et heures convenues, en indiquant sur les billets d’invitation l’objet du travail, et en se souvenant de n’appeler aux délibérations que les Frères qui ont droit d’y voter. Il doit être circonspect à n’envoyer des lettres d’invitation à aucun visiteur, s’il n’a le consentement du Vénérable Maître ou de celui auquel il s’est remis pour cette partie. Lorsqu’il y a banquet, il enverra la veille au Père Économe la liste des Frères qui ont promis de s’y rendre. Le Secrétaire est en même temps garde des archives, pour lesquelles il prêtera une obligation particulière. Comme il pourrait se trouver des papiers de la Loge souvent entre ses mains, il les tiendra dans un portefeuille ou une caisse fermante (sic) à clef, portant l’adresse du Vénérable Maître ou du Député Maître, et en cas d’accident ou de maladie, l’Elémosynaire est chargé spécialement de prendre les mesures nécessaires pour la retirer.

Le trésorier de la Loge est chargé de percevoir la quotité annuelle des Frères, et tout ce qui est dû pour réceptions ou affiliations, ou à quelque autre titre que ce soit. Il acquittera sur l’ordre du Vénérable Maître les dépenses ordinaires et en fournira les quittances et récépissés qu’il produira tous les trois mois au Comité Écossais, avec les comptes des recettes et des dépenses, pour y être arrêtés et visés par le Député Maître, le Vénérable Maître et les deux Surveillants, et communiqués ensuite à toute la Loge. Il est tenu de compter tous les trois mois au plus tard avec le Trésorier de la Grande Loge Écossaise, et lui délivrer le quart des réceptions aux trois premiers grades, les trois quarts du quatrième et l’Écu d’Ordre. Il tiendra pour cet effet un livre séparé de recette pour tout ce qui appartient à la Grande Loge Écossaise. Outre les livres de compte particuliers, il aura encore un livre de compte général, sur lequel seront portées sommairement les recettes et dépenses de la Loge, et qui sera produit et signé en Loge générale.

L’Elémosynaire est chargé de recevoir l’offrande volontaire des nouveaux reçus, de présenter le tronc des aumônes à tous les Frères à chaque assemblée, de même que pour les quêtes extraordinaires, et de retirer du Frère Économe tout ce qu’il aura pu réserver sur chaque banquet. Le produit de tous ces objets est exclusivement réservé pour les aumônes, et l’état de cette caisse sera présenté tous les trois mois à la Loge, pour y être visé et arrêté. Le tronc aura deux clefs, dont il faudra la réunion pour l’ouvrir, l’une sera entre les mains du Vénérable Maître, et l’autre restera à l’Elémosynaire, qui ne pourra en rien retirer sans le consentement du Vénérable Maître et même des Surveillants, si l’objet est considérable. Il sera en outre l’infirmier né de la Loge, et tenu en cette qualité de s’informer des Frères malades et de les visiter, de leur procurer les secours dont ils auraient besoin, et de leur rendre en général tous les services que l’amitié, la fraternité et l’humanité pourront lui dicter. Si un cas particulier l’exige, on pourra à sa réquisition lui adjoindre quelque autre Frère de la Loge. C’est l’Elémosynaire encore qui est chargé spécialement de veiller à la conduite des Frères et de faire des informations sur la vie et mœurs des candidats proposés pour être reçus, et d’en rendre compte au Comité Écossais et même à la Loge, si la prudence le permet.

Le Maître des Cérémonies doit veiller au cérémonial de chaque assemblée, et examiner avant l’heure indiquée pour le travail, si tout est disposé convenablement pour la cérémonie du jouir, Il doit examiner les Frères visiteurs, leur demander leurs certificats et les mots, signes et attouchements du régime auquel ils appartiennent. En cas de doute, il doit consulter le Vénérable Maître, et même attendre l’ouverture de la Loge, et en demander les ordres avant que de les admettre. Il doit avoir soin de placer lotis les Frères suivant leurs grades ou dignités dans le régime rectifié.

L’Économe est chargé des décorations et meubles de la Loge, du soin de les entretenir et de les faire réparer ; de faire tendre et détendre la Loge convenablement à la cérémonie indiquée à chaque assemblée, de l’approvisionnement des bougies et de toutes autres choses à l’usage de la Loge, qui sont confiées à sa garde. Toutes les dépenses ou avances qu’il fait, avouées par la Loge, doivent être constatées par des comptes en règle, lesquels tant visés par le Vénérable Maître lui sont remboursés par le Frère Trésorier sur soit récépissé. Il est chargé de commander les banquets pour le nombre des Frères, dont le Secrétaire lui aura donné la liste, sauf les changements qui peuvent survenir, qui sont remis à sa prudence. Il doit en faire la recette suivant l’usage, même auprès des Frères absents, sur lesquels il aurait compté et dénoncer à la Loge ceux qui ne satisferont pas à ce devoir à la première réquisition de sa part. Il doit observer Pour les banquets la frugalité prescrite par les Rites de l’Ordre, et ne jamais excéder le prix qui aura été fixé. Cette charge d’économe pourra être réunie à celle de Maître des Cérémonies.

Si une Loge est nombreuse, et que ses travaux soient multipliés, elle pourra élire et nommer des adjoints à toutes les places, mais ils n’auront rang dans la Loge, que selon les grades qu’ils possèdent. L’adjoint du premier surveillant ne pourra pas prendre la place du titulaire, si le second Surveillant est présent. Car de même que le Vénérable Maître est remplacé en cas d’absence par le premier Surveillant, s’il n’y a pas d’Ex Maître, de même le premier surveillant sera remplacé par le second, s’il est présent, et les adjoints ne pourront prendre leurs places qu’après les titulaires.

 

CHAPITRE X – Des Grades maçonniques.

La Maçonnerie rectifiée ne reconnaît que quatre grades ; savoir ceux d’Apprenti, de Compagnon, de Maître et de Maître Écossais. Tous les autres grades, sous quelque dénomination qu’ils soient connus, principalement toute espèce d’élu, de Chevalier Ks. (Kadosch) et des grades qui leur ressemblent, sont expressément défendus dans toutes les Loges réunies sous les peines les plus graves, comme dangereux et contraires au but et à l’esprit de la franc-maçonnerie.

Les trois premiers grades seront conférés par le Vénérable Maître de la Loge, conformément aux cahiers qui lui en auront été fournis par le Directoire Écossais. Le grade de Maître Écossais est réservé au Député Maître, s’il est présent ; à son défaut, ou s’il le désire, il est conféré comme les autres par le Vénérable Maître.

Les intervalles des grades sont fixés :

1°). à cinq mois d’assistance régulière aux travaux du grade d’Apprenti à celui de Compagnon ; 
2°). à sept mois de présence régulière, de celui ci au grade de Maître ;
3°). à une année de présence, du grade de Maître à celui de Maître Écossais.

Les intervalles des trois premiers grades, dans certains cas rares et pour de fortes considérations, peuvent être abrégés par dispenses du Comité Écossais. Pour le quatrième, il faut les demander, de même que la permission de la conférer, à la Grande Loge Écossaise.

Apprentis ont le tablier de peau blanche sans doublure ni bordure, la bavette haute ; les Compagnons ont le même tablier, avec des rubans bleus ; les Maîtres ont le tablier doublé et bordé de bleu, la bavette abattue ; les Maîtres Écossais ont le tablier comme il sera expliqué plus au long dans la suite de ce chapitre.

Aucun profane ne peut être reçu Franc Maçon s’il ne professe la religion chrétienne, s’il n’a pas l’âge de vingt et un ans, à moins qu’il soit fils de Maçon, ou muni de dispenses, et s’il n’est né de parents libres.

Il ne pourra être proposé directement que par un membre de la Loge, qui en répondra, ainsi que des frais de sa réception. Le proposant remettra sa proposition par écrit à la Loge, après en avoir fait part au Vénérable Maître en particulier. Après les informations requises, on tiendra le scrutin, qui ne pourra en aucun cas se faire le même jour que la proposition. S’il est unanimement favorable, on fixera le jour de la réception ; le proposant en avertira le candidat, et le présentera au Vénérable Maître, qui l’exhortera à se rendre de plus en plus digne de la faveur que la Loge lui accorde.

Un Frère qui voudra avancer en grade, commencera par en prévenir le Vénérable Maître, et si c’est pour le quatrième grade, il en préviendra le Député Maître ; il se fera ensuite proposer dans la Loge du grade qu’il demande ou par eux, ou par quelque autre Frère, qui présentera avec la proposition par écrit, les certificats de présence expédiés par le Secrétaire sur les protocoles de la Loge, et les quittances du Frère Trésorier, comme quoi il a satisfait à ce qu’il devait à la Loge et à la Grande Loge Écossaise. Dans la première délibération, si rien ne s’oppose à son admission, on fixera le jour pour l’examen sur les grades qu’il a déjà reçu, et ce n’est qu’après cet examen qu’on fera le scrutin définitif de son admission au nouveau grade qu’il demande.

Les membres d’une Loge, ne peuvent recevoir aucun grade que dans celle à laquelle ils appartiennent, à moins que le Vénérable Maître conjointement avec le Comité Écossais leur en ait accordé la permission ; si un Frère néglige de demander cette permission, il ne sera pas reconnu dans son nouveau grade, et même, selon le cas, il pourra être rayé du tableau.

Les Apprentis et Compagnons doivent être découverts pendant le travail, et doivent faire la garde intérieure de la Loge. Dans les délibérations ils n’ont que la voix consultative, si le Vénérable Maître leur demande leur avis.

Le grade de Maître Écossais est exclusivement affecté au régime rectifié. C’est par cette raison que, lorsqu’on le confère, ou qu’on tient Loge d’instruction de ce grade, on n’ose y faire assister aucun visiteur d’un autre régime, quelque grade qu’il ait. On ne peut le donner qu’à un Frère, qui appartient à une Loge réunie sous quelque dénomination que ce soit, qui y oblige à payer annuellement l’écu d’Ordre.

Lorsqu’un Frère aura été reçu régulièrement Maître Écossais, le Vénérable Maître de la Loge, ou tel autre Frère qu’il commettra pour cela, pourra lui communiquer sans aucuns frais ni cérémonies tous les grades dénommés supérieurs dans les autres régimes, qui seront à sa connaissance, sans que pour cela le Frère, auquel ils seront ainsi communiqués, puisse se décorer en Loge des attributs et couleurs desdits grades.

Les marques distinctives des Maîtres Écossais sont :

1°. Un tablier de peau blanche, coupé en carré long en travers, ainsi que la bavette, qui sera doublée de taffetas vert, la bavette rebordée de couleur de feu. 
2°. Un cordon vert à gros grains moiré de la largeur de deux pouces et demi, avec une rebordure de trois lignes, en couleur de feu sur le bord extérieur seulement, avec une petite rosette aussi couleur de feu au bas. 
3°. Le bijou du grade en vermeil, qui sera suspendu sur la poitrine, par le cordon passé au col en sautoir, et qui sera attaché par un petit ruban couleur de feu. Ce bijou sera une étoile flamboyante à six pointes, formant un double triangle avec la lettre H au milieu entre le compas et l’équerre sur un fond en couleur de feu. Cette étoile sera entourée d’un cercle surmonté d’une couronne.

Les Frères servants, ou gardes de la Loge ne seront reçus qu’aux grades d’apprentis et de compagnons. Cependant chaque Loge pourra recevoir, en cas de besoin, au grade de Maître l’un des Frères servants, s’il est libre, domicilié et d’un état convenable, après l’avoir longtemps et rigoureusement éprouvé. Cette réception toutefois, ne consistera que dans l’obligation qu’on lui en fera prêter, et dans son admission à une réception dans ce grade. Dès lors, ce Frère servant deviendra le chef de ceux de sa classe.

 

CHAPITRE XI – Des Scrutins et de la manière de les tenir.

Le scrutin est le moyen par lequel la Loge cherche à connaître le sentiment des membres, qui la composent, dans toutes les affaires qu’elle a à résoudre. IL doit être tenu de manière à laisser à chacun la plus grande liberté dans son suffrage, sans que le vœu général de la Loge puisse être gêné par des motifs, intérêts ou caprices particuliers ; l’accomplissement du vœu général devant être le premier but de chacun des Frères. IL est donc de règle, que toutes les propositions importantes soient examinées, et les différents avis qu’elles font naître, discuté et suffisamment éclairés avant de tenir le scrutin, qui doit en décider définitivement.

Il y a quatre manières différentes de tenir les scrutins, savoir :

La première et la plus ordinaire par ballotes blanches et noires ; elle est spécialement employée pour toutes propositions de réceptions, agrégations, affiliations etc.

La seconde par billets écrits ; elle est utilisée dans toutes les élections.

La troisième par la simple affirmative ou négative verbale, lorsque le Vénérable Maître après l’examen d’une proposition, recueille ou fait recueillir par les Surveillants chacun sur leur colonne les suffrages définitifs. C’est la plus convenable dans les délibérations journalières, lorsqu’il s’agit d’un objet, sur lequel aucune considération peut gêner le suffrage public des Frères.

La quatrième enfin par acclamation ; elle doit être la plus rare, comme étant la plus vicieuse, en ce qu’elle entraîne rapidement les suffrages, et peut en gêner la liberté ; elle ne doit être proposée que dans les affaires peu importantes, ou lorsque le vœu général de la Loge s’est suffisamment manifesté pendant la discussion de l’affaire.

Pour les élections et délibérations, c’est la pluralité des voix qui décide, et c’est pour chacun une règle invariable de s’y soumettre ; niais pour les propositions d’un candidat à recevoir, ou d’un maçon à agréger, il faut un consentement unanime ou du moins général ; il doit être essentiellement unanime pour tous les cas de dispense.

Dans les cas de réception ou d’agrégation, lorsqu’il y a opposition par le scrutin, le Vénérable Maître ou le proposant peuvent demander un scrutin par écrit, et motivé s’il peut l’être sans danger. Une ou deux oppositions secrètes ne peuvent annuler l’effet du scrutin, mais elles en nécessitent un second et même un troisième, dont le Vénérable Maître fixe l’intervalle. Si elles sont avouées, elles suspendent l’admission, jusqu’à ce que les motifs avoués à la Loge, ou en particulier au Vénérable Maître aient été jugés à la pluralité des voix. Dans l’intervalle fixé pour la tenue du nouveau scrutin, l’opposant ou les deux opposants sont obligés de confier leurs motifs au Vénérable Maître, ou du moins à deux Maîtres Écossais à leur choix ; et si au dernier le nombre des opposants n’a pas augmenté, le Proposé sera admis, mais s’il s’y trouve (sic) seulement trois oppositions, quoique non motivées, il sera renvoyé définitivement pour Lin temps, ou pour toujours selon les cas. Cette méthode offre un moyen de multiplier les oppositions, lorsque les motifs en sont valables, sans se compromettre et conserve à chacun sa liberté, sans exposer aux inconvénients dont on pourrait se plaindre ailleurs.

Le scrutin ne pourra ne pourra en aucun cas être tenu le même jour de la proposition, mais on pourra dés lors en fixer la tenue.

 

CHAPITRE XII – Des Membres d’une Loge.

On peut appartenir à une Loge à titre de membre ordinaire, d’associé libre, de membre honoraire, de Frère amateur ou à talent, et de Frère servant ou garde de la Loge.

On nomme membres ordinaires d’une Loge ceux qui participent régulièrement à ses travaux, assistent avec exactitude à ses assemblées, et paient toute la quotité annuelle dont on est convenu de trois mois à trois mois ; ils sont éligibles aux dignités et charges de la Loge et jouissent de la voix décisive dans toutes les délibérations, auxquelles ils peuvent être appelés.

Les associés libres sont ceux qui, par leur domicile, leurs occupations civiles, leur situation ou par quelque autre considération, ne peuvent s’assujettit aux devoirs stricts et permanents que la Loge impose aux membres ordinaires. Ceux ci paieront une quotité annuelle, qui sera fixée et payée les mois de présence seulement ; c’est surtout aux militaires et aux voyageurs que cette classe est destinée. Ils jouiront de tous les droits des membres ordinaires à l’exception qu’ils ne pourront être éligibles à aucune charge ni dignité de la Loge autre que celle d’Orateur, Maître des Cérémonies ou Économe, à moins qu’ils ne puissent prouver qu’ils possèdent une des premières dignités dans l’intérieur de l’Ordre, et qu’ils n’entrent dans la première classe dès qu’ils accepteront quelque place. Ils auront voix consultative et délibérative dans toutes les assemblées de la Loge, excepté dans celles où l’on traitera de l’emploi des fonds, car alors ils n’ont que la consultative.

Les membres honoraires sont ceux auxquels la Loge veut accorder ce titre après dix ans de service en qualité de membre ordinaire, ou de quinze ans s’ils n’ont été qu’associés libres, ou en reconnaissance de services éclatants rendus à la Loge dans un espace plus court. Ils ne paient d’autre rétribution que l’écu d’Ordre, et ne jouissent que de la voix consultative dans les délibérations. Ils sont éligibles s’ils possèdent les hauts grades dans l’Ordre et s’ils promettent d’entrer dans la classe des membres ordinaires aussi longtemps qu’ils seront en place.

Les Frères amateurs sont choisis parmi les personnes à talents, capables de rendre des services à la Loge ; ils sont reçus gratis et ne peuvent posséder aucune charge ni dignité dans la Loge.

Enfin les Frères servants ou gardes de la Loge, dont le nombre ne saurait être trop petit, sont reçus gratis jusqu’au second grade qui doit être le dernier pour eux et ne peuvent être élus à aucune charge, et n’ont de voix consultative que lorsqu’il s’agit d’une réception de servant ou de garde de la Loge.

Tous ces membres doivent être compris chacun dans sa classe sur le tableau général, qui sera envoyé tous les ans après l’élection des Officiers à la Grande Loge Écossaise et au Directoire Écossais du district, et qui portera, en tête le nom et les qualités du Député Maître du lieu. On y marquera les noms, surnoms, qualités civiles et maçonniques, le lieu de naissance et de domicile, et l’âge de ceux qui sont au dessous de 25 ans. Ce tableau sera certifié par le Vénérable Maître et les deux Surveillants, et visé par le Député Maître ou son représentant.

Les Frères qui voudront s’affilier à une Loge réunie doivent avoir visité auparavant ses travaux. On les passera au scrutin dans l’assemblée qui suivra celle de leur proposition, et on y procédera de la même manière qu’à la réception d’un profane. Ils paieront la taxe de leur affiliation, de même que l’écu d’Ordre et la quotité annuelle, qui sera celle de la classe qu’ils choisiront.

Si le scrutin a été favorable, on Communiquera au candidat les règlements de la Loge, qu’il signera le jour de son affiliation.

Un Frère membre d’une Loge réunie ne peut s’agréger à une autre, sans une permission par écrit de celle à laquelle il appartient.

Tous les Frères de la Loge indistinctement (hors les servants) recevront en travail ouvert et jamais autrement communication du mot de l’année, envoyé par la Grande Loge ou le Directoire Écossais à toutes les Loges du district, et il est défendu de ne le jamais donner à qui que ce soit, à moins d’un ordre spécial.

Tout Frère qui voudra se retirer d’une Loge sera tenu de l’annoncer par écrit. On attendra alors encore trois mois ; si pendant tout ce temps il persiste dans sa volonté, il sera rayé du tableau et on en fera mention sur le protocole du jour, et dés lors il ne pourra rentrer qu’après s’être fait proposer de nouveau, avoir passé par le scrutin et payé la taxe de l’affiliation. Il ne prendra rang sur le tableau qu’à la date de sa rentrée.

 

CHAPITRE XIII – Plan économique de la Loge.

Tous les membres agrégés de la Loge conviendront entre eux d’une quotité annuelle suffisante pour payer les frais de la Loge, servants et autres dépenses annuelles ; elle sera payée par chacun au Trésorier de la Loge par trimestre. Ils le devront absents comme présents, tant qu’ils seront sur le tableau de la Loge comme membres ordinaires.

Ceux qui négligent de la payer et qui ayant été avertis une année de suite, n’auront pas satisfait, seront rayés du tableau et déchus de toits les droits, dont ils jouissaient dans la Loge.

Les membres associés libres concourront aux dépenses annuelles dans la proportion que la Loge aura jugée convenable.

Chaque Loge réunie au moment de sa fondation ou rectification proposera à la Grande Loge Écossaise du Département un projet d’évaluation pour la rétribution des quatre grades symboliques, ainsi que pour les agrégations et affiliations dans la proportion qu’elle jugera convenable à son local et à ses circonstances particulières. Ce projet sera arrêté définitivement par la Grande Loge Écossaise pour être un tarif invariable pour la Loge, sur lequel seront perçues les réserves de la Grande Loge Écossaise.

Tous les Maçons appartenant à la Loge à quelque titre que et : soit, à l’exception des Frères à talents, paieront chaque année à la Saint Jean d’été l’écu d’Ordre, évalué à six livres, et tous ceux qui négligeront d’y satisfaire, ou s’y refuseront ayant été avertis deux fois, seront rayés du tableau de la Loge, à moins qu’ils ne soient reconnus dans l’impossibilité de payer.

Ceux des Frères de la Loge qui paient le ducat d’Ordre à la caisse de la Grande Loge Écossaise sont exempts de l’écu d’Ordre on en excepte les membres honoraires d’une Loge.

Sur le produit des rétributions des trois premiers grades et des agrégations, il sera prélevé un quart, qui sera versé tous les trois mois dans la caisse de la Grande Loge Écossaise le surplus des fonds est entre les mains du Trésorier de la Loge, pour subvenir aux frais de décoration, bougies, etc.

Quant au quatrième grade, les Directoires ont voulu en abandonner la réception aux Loges, en leur laissant le quart de, la rétribution, pour payer les frais de réception et de décoration les trois autres quarts sont versés tous les trois mois dans la caisse de la Grande Loge Écossaise.

Les extraits des protocoles, qui constatent la quantité des réceptions faites dans chaque grade pendant les trois mois. seront expédiés par le Secrétaire et signés de même que les comptes par le Vénérable Maître et visés par le Député Maître du lieu.

Le produit des patentes et certificats de la Loge sera employé en frais de chancellerie et en gratifications pour les copistes. On fera ces dernières de l’avis du Vénérable Maître et des Surveillants.

La caisse des aumônes confiée au Frère Elémosynaire ne pourra jamais être confondue dans aucun cas avec une autre caisse. Elle sera fournie :

1°) du produit des offrandes des récipiendaires à chaque réception ou promotion et des quêtes qui seront faites dans toutes les assemblées de la Loge. 
2°) du produit des amendes. 
3°) de ce qui aura pu être réservé par le Frère Économe sur la recette de chaque banquet.

Le produit de cette caisse ne pourra être employé dans aucun cas aux besoins de la Loge et reste expressément réservé pour les aumônes, qui pourront être fixées dans l’occasion par l’Elémosynaire, le Député Maître et le Vénérable Maître, de même que des Surveillants, qui en rendront compte ensuite à la Loge.

Aucun pauvre Maçon n’aura droit à ces aumônes, à moins qu’il ne soit pourvu de certificats et de lettres de recommandation d’une Loge réunie ou d’une Loge non réunie qui est en liaison de correspondance et de fraternité avec elle.

Les Loges réunies sont tenues d’envoyer tous les ans à la Grande Loge Écossaise ou au Directoire Écossais dont elles dépendent l’état exact de leur caisse et un extrait de leur livre de compte pour la recette et dépense de l’année, le tout signé par le Vénérable Maître et visé par le Député Maître ou son Représentant ; elles les adresseront avec les tableaux de la Loge aux Visiteurs du district ou du département, qui les remettront au Directoire ou à la Grande Loge Écossaise. Si la Grande Loge Écossaise juge nécessaire de savoir la composition de la Loge et l’état de ses caisses dans l’intervalle, elle ne pourrait point être refusée dans sa demande.

 

CHAPITRE XIV – Des Frères Visiteurs.

On reconnaît pour visiteurs les Frères d’un Régime régulier, qui ne sont pas membres de la Loge. Les places sont assignées aux Frères d’après leurs grades et qualités maçonniques, sans égard à leur rang et état civil. Les Frères visiteurs d’un régime étranger ne reçoivent d’autre distinction dans les Loges réunies, que celle d’être placés à la tête de la colonne de leur grade, après les Visiteurs du Régime rectifié. On leur permet de porter les cordons et tabliers de leurs grades, à l’exception de tout ce qui a quelque rapport à l’élu ; mais quel que soit le grade dont ils soient pourvus, ils ne pourront être classés qu’avec les Maîtres, au dessous des Maîtres Écossais.

Les Frères Visiteurs du Régime rectifié sont placés à la tête de la colonne de leur grade. S’ils sont pourvus des hauts grades et de quelque grande dignité dans l’Ordre, ils obtiennent une place d’honneur à l’Orient à côté du Vénérable Maître, avec lequel ils entrent en Loge précédés des Surveillants et du Maître des Cérémonies.

Tout Frère visiteur doit être proposé au Vénérable Maître au à celui qu’il en a chargé, pour être invité aux travaux par un billet maçonnique. Il paiera la quotité fixée pour le banquet, tout comme un autre frère, et celui des Frères de la Loge qui l’a proposé et amené sera inscrit sur la liste comme payant pour lui.

Tout Frère visiteur ne sera admis en Loge qu’après avoir été soigneusement examiné par le Maître des Cérémonies sur les grades dans lesquels il désirera être reconnu ; et après avoir présenté son certificat et donné la parole de l’année, s’il est d’un régime où on en donne. S’il désire que la Loge vise son certificat, elle ne pourra le faire qu’autant qu’il aura été délivré par une Loge réunie.

 

CHAPITRE XV – Des Banquets et Fêtes.

Autant les banquets trop somptueux, trop bruyants et trop fréquents sont contraires à l’esprit de, la Maçonnerie, autant ceux où la dépense est modique et réglée, ou règnent la décence et la fraternité, sont propres à conserver et resserrer les liens qui unissent les Francs-maçons. C’est pourquoi le Vénérable Maître assemblera les Frères en banquet aussi souvent que les circonstances le permettront.

Chaque Frère paiera la quotité fixée pour le banquet absent ou présent, si on a compté sur lui. Cette quotité sera invariablement fixée pour chaque Loge selon son local, pour empêcher qu’on ne passe les bornes de la frugalité prescrite dans les banquets.

Les fêtes à célébrer dans les Loges réunies et rectifiées sont les deux Saint Jean d’été et d’hiver, et la fête du renouvellement de l’Ordre du six Novembre. A cette dernière on fera la lecture du Code des Règlements Maçonniques, et l’Orateur prononcera un discours solennel, dans lequel il pourra parler de la réforme allemande et française, et des actes de bienfaisance que la Maçonnerie a faite dans différentes contrées de l’Europe. On tâchera ce jour de réunir dans le même local toutes les Loges d’une même ville ou d’un même arrondissement.

Le jour de la fête de Saint Jean d’hiver sera principalement consacré à des actes de bienfaisance, que la rigueur de la saison et le manque de travail rendent précieux dans ce moment.

La même chose doit s’observer pour la fête de Saint Jean Baptiste, qui sera spécialement consacrée à l’installation des nouveaux officiers et à la lecture des règlements particuliers de la Loge ; et tous les Frères renouvelleront solennellement ce jour là entre les mains du Vénérable

Maître leur engagement do les observer fidèlement. Il y aura un discours de même qu’à la Saint Jean d’hiver, et en portera au banquet toutes les sept santés de l’Ordre.

 

CHAPITRE XVI – De la Police intérieure de la Loge.

Le Trésorier, de même que l’Elémosynaire, aura un livre de recettes et do dépenses, et un autre de compte général, sur lequel il portera sommairement tous les arrêtés des différentes caisses, qui seront faits tous les trois mois, et qui seul sera communiqué à la Loge générale. Il faut aussi au Trésorier un livre séparé pour les réserves de la Grande Loge Écossaise.

Il est enjoint aux Frères de garder le plus profond silence pendant les cérémonies de réception.

Aucun Frère, à l’exception de ceux qui tiennent des places d’honneur, ne peuvent parler, sans en avoir demandé la permission au Vénérable Maître par les Frères Surveillants.

Dans les délibérations, chacun dit son avis, quand il lui est demandé dans son rang par le Vénérable Maître, les Surveillants ou le Maître des Cérémonies ; et il est défendu d’interrompre celui qui parle, avant qu’il ait annoncé qu’il a fini.

Si après l’heure indiquée, le Vénérable Maître n’est pas rendu à l’assemblée, celui ou un de ceux, qui sont préposés pour la remplacer, ouvrira le travail, dès que les Frères se trouveront au nombre de sept, soit pour réception, soit pour délibération.

Pour ranimer le zèle des Frères à fréquenter les assemblées, il est expressément défendu d’instruire un Frère absent de ce qui s’est passé en Loge, à moins d’une permission expresse du Vénérable Maître.

Tout Frère qui sans raisons valables aurait passé l’année sans assister aux travaux de la Loge, sera censé y avoir renoncé, surtout s’il n’a pas satisfait aux rétributions d’usage ; en conséquence, il sera rayé du tableau.

Nul profane ou Frère ne sera admis ou promu à un grade quelconque ou à un office et charge, qu’il ne produise la quittance du Frère Trésorier pour le montant dudit grade, et pour l’écu d’Ordre et la quotité annuelle, selon la classe qu’il a adoptée dans la Loge.

Un Frère, qui vient après le travail commencé, s’annoncera la porte de la Loge en frappant en Maçon ; niais il ne frappera pas dès qu’on l’aura averti par un coup à la porte qu’ont l’a entendu, et il attendra cri silence jusqu’à ce qu’on vienne lui ouvrir.

Les Vénérable Maître, Surveillants et Maître des Cérémonies sont tenus d’étudier leurs cahiers et d’apprendre par cœur les formules qui y sont contenues. Ils ne pourront néanmoins se dispenser d’avoir dans chaque travail le cahier du grade sous les yeux, afin qu’il ne soit jamais fait aucun changement dans le cérémonial et dans les formules. Après chaque travail, ils seront rendus au Secrétaire, qui en a le dépôt.

Aucun Frère ne peut avoir en sa disposition les cahiers des grades, ni les instructions qui y sont relatives. Le Secrétaire pourra les confier à ceux qui doivent y étudier leurs fonctions, mais à nul autre sans un ordre exprès du Vénérable Maître, et aucune Loge n’en peut donner communication à aucune autre Loge sans permission du Directoire.

Les Frères en cas de voyage sont tenus d’en prévenir le Vénérable Maître et le Frère Secrétaire, et de se pourvoir d’un certificat et de lettres de recommandation pour les Loges qu’ils voudront visiter ; ils paieront pour le premier la taxe établie.

A chaque assemblée, tant de réception et de cérémonie que de délibération, le Président doit faire présenter le tronc des aumônes à tous les Frères, et surtout aux nouveaux reçus ou affiliés. Un Frère, qui n’aura assisté qu’à une ou deux assemblées pendant toute une année, sera tenu d’indemniser les pauvres de ce qu’il leur aurait destiné s’il eut assisté plus fréquemment aux assemblées.

Chaque Loge réunie aura dans son local un tableau des officiers et membres du Grand Directoire national, du Directoire Écossais, de la Grande Loge Écossaise et de la Loge, dans l’ordre indiqué dans le chapitre des membres d’une Loge réunie.

En cas de maladie d’un Frère, on ne se reposera pas sur le seul Frère Elémosynaire du soin de le visiter, tous ceux qui en auront le loisir lui rendront les devoirs de l’amitié maçonnique dans ces moments où le vulgaire n’en connaît plus. Ils s’informeront cependant auparavant si les visites n’incommodent pas le malade ou causent quelque gêne ou dérangement dans les soins que sa maladie exige.

En cas de mort d’un Frère de la Loge, le Vénérable Maître indiquera une assemblée particulière, dans laquelle il rendra compte des qualités du défunt, en s’étendant surtout sur celles qui constituent le bon Maçon. Il ne taira pas même ses défauts, mais il n’en parlera que pour en gémir et avec tout le ménagement possible, et saisira cette occasion pour exciter les Frères à la pratique de la vertu, qui seule survit au Maçon. Tous les Frères de la Loge seront invités à ce service maçonnique et auront une (sic) crêpe autour du bras gauche. La loge sera tendue en noir et si tous les Frères sont au troisième grade, on pourra se servir de la décoration de Maître.

Dans toutes les occasions où un Frère sera réjoui ou affligé par quelque événement heureux ou malheureux, la Loge lui députera quelques Frères pour lui témoigner l’intérêt qu’elle y prend.

Si un Frère se marie, la Loge lui enverra par une députation un bouquet et une pièce de ruban bleu avec une paire de gants blancs pour la nouvelle mariée. Lui-même recevra une paire de gants blancs la première fois qu’il viendra en Loge. C’est le seul cas, hors les réceptions, où la Loge donne des gants à un Frère.

Chaque Loge est invitée à faire graver ou frapper une médaille, sur laquelle se trouvera d’un côté les armes de la Loge, en entier ou en partie, et au bas le nom de la Loge ; et de l’autre l’emblème général des Loges rectifiées de France, qui est un phénix renaissant de ses cendres avec la légende Perit ut vivat et au bas les lettres initiales de la province, du Directoire et de la Grande Loge Écossaise, dans le district desquels La Loge est située.

Tout Frère membre de la Loge portera cette médaille à un ruban bleu à la troisième boutonnière. Les Maîtres Écossais l’auront à un ruban vert liseré de rouge.

La médaille sera d’argent pour tous les Frères, elle sera d’étain pour les Frères servants.

Tout membre de la Loge reçoit cette médaille à sa réception ou affiliation, et la renvoie dès qu’il n’en fait plus partie.

Le bijou d’Écossais sera en vermeil ; le Maître et le Député Maître le porteront en or. Tous les deux pourront porter par dessous un ruban bleu, au bas duquel le Vénérable Maître attachera le bijou de sa place.

Les bijoux des dignités et charges de la Loge sont une équerre pour le Vénérable Maître, un niveau pour le Frère Premier Surveillant, une perpendiculaire pour le Frère Second Surveillant, un livre pour l’orateur, des plumes pour le Secrétaire, une clef pour le Trésorier et pour l’Elémosynaire un cœur enflammé dans un triangle.

FIN.

Le Grand Orient de France (GODF)

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Le Grand Orient de France est l’obédience maçonnique Française historique par excellence. Elle a vu passer de grands Hommes comme Benjamin Franklin, Lafayette, Proudhon, Jules Ferry, et tant d’autres…

Cette obédience est classée parmi les Grandes Loges dites “libérales” ; en ce sens, elle est progressiste et ouverte aux évolutions de son temps. Elle est désormais mixte et laisse cependant à ses propres loges le libre choix d’initier les Femmes et de les admettre en visite.

Le Grand Orient se définit comme une fédération de rites. Il pratique le Rite Français – dit Groussier, le Rite Français Rétabli, le Rite Écossais Ancien et Accepté, le Rite Écossais Rectifié, le Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm.

 

Histoire du Grand Orient de France

L’histoire du Grand Orient de France se confond avec celle de la première Grande Loge de France jusqu’en 1773, date de “naissance” de l’obédience..

En 1773, la Grande Loge de France se scinde :

  • Une partie se détache et devient le Grand Orient de France.
  • L’autre partie prend le nom de Grande Loge Nationale – (Connue aussi sous les appellations de Grande Loge de France ou Grande Loge de Clermont). Cette même année, le duc de Chartres est installé comme Grand Maître de l’obédience.

La Grande Loge de France et le Grand Orient de France tentèrent de se réunifier en 1799, mais sans succès.

godf-groussierEn décembre 1804, le Grand Orient de France unit à lui le Rite Écossais Ancien et Accepté. Le Grand Directoire des Rites (toujours en vigueur au Grand Orient de France) fût créé à cet effet l’année suivante, afin que les hauts-grades Écossais soient toujours sous la coupe du Suprême Conseil du 33e degré en France, comme constituante du Grand Directoire. Cette tentative fut un bref instant contestée Le traité d’Union entre le Grand Orient de France et le Rite Ecossais Ancien et Accepté fut signé début décembre 1804. Il fut contesté par une minorité le 6 septembre 1805 et des aménagements au traité, parfois appelé concordat, furent signés le 16 septembre, soit 10 jours après sa remise en cause .

Le Grand Orient créa le Suprême Conseil des Rites en 1815, chargé d’administrer l’ensemble des rites et hauts-grades pratiqués. Germain Hacquet Grand Officier fondateur du Suprême Conseil de 1804, “Américain” en ce sens qu’il fit partie des Frères qui ramenèrent le Rite Écossais Ancien et Accepté, il exerça l’office de Grand Maître des Cérémonies au sein du Suprême Conseil du 33e degré en France. fut alors nommé Grand Commandeur.

Fait marquant, en 1862 le Maréchal Magnan fût nommé Grand Maître du Grand Orient de France par Napoléon III. Il reçu les 33 degrés du Rite Ecossais Ancien et Accepté en une journée…

Pendant la guerre civile qui oppose les Communards aux Versaillais, en 1871, des Loges du Grand Orient de France montent sur les barricades, les bannières au vent, afin que cessent les hostilités.

1877 est une date charnière dans l’histoire de cette obédience… Le Convent vote la modification de l’article 1er de la Constitution de l’obédience. Sur les conseils du Pasteur Desmond, afin de laisser à ses membres une liberté de penser totale, la phrase suivante est supprimée : “La Franc-Maçonnerie a pour principe l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme”. A ce moment, le Grand Orient de France se place dans l’irrégularité par rapport aux Landmarks édictés par la Grande Loge Unie d’Angleterre. Les obédiences Anglo-Saxonnes rompent alors leurs relations avec le Grand Orient.

En 1913, deux Loges du Grand Orient de France, ayant comme motivation de pratiquer le Rite Écossais Rectifié, se séparent de l’obédience et créent la Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière pour la France et les Colonies. Il s’agit des Loges “Le Centre des Amis” et “L’Anglaise 204”. Cette obédience deviendra la Grande Loge Nationale Française.

Depuis 1877, le Grand Orient de France se place en leader de la Franc-Maçonnerie dite libérale.

 

La Constitution du Grand Orient de France

Voici la Constitution actuelle du Grand Orient de France.

La Franc-Maçonnerie, institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité ; elle travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité.
Elle a pour principe la tolérance mutuelle, le respect de autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience.
Considérant les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de l’appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute affirmation dogmatique. Elle a pour devise : LIBERTE-EGALITE-FRATERNITE.

La Franc-Maçonnerie a pour devoir d’étendre à tous les membres de l’Humanité les liens fraternels qui unissent les Francs-Maçons sur toute la surface du globe.

Le Franc-Maçon a pour devoir, en toute circonstance, d’aider, d’éclairer, de protéger son Frère, même au péril de sa vie, et la défendre contre l’injustice.

La Franc-Maçonnerie considère le Travail comme un des devoirs essentiels de l’Homme. Elle honore également le travail manuel et le travail intellectuel.

La Franc-Maçonnerie possède des signes et des emblèmes dont la haute signification symbolique ne peut être révélée que par l’Initiation.
Ces signes et emblèmes président, sous des formes déterminées, aux Travaux des Francs-Maçons, et permettent à ceux-ci, sur toute la surface du globe, de se reconnaître et de s’entraider.
L’Initiation comporte plusieurs degrés ou grades. Les trois premiers degrés sont celui d’Apprenti, celui de Compagnon, et celui de Maître qui seul donne au Franc-Maçon la plénitude des droits maçonniques.
Nul ne peut être dispensé des épreuves graduées prescrites par les rituels.

La souveraineté s’exerce par le suffrage universel.

 
Le Grand Orient de France aujourd’hui

La principale obédience française aujourd’hui, avec plus de 53 mille membres, est sans conteste le Grand Orient de France. Cette obédience progressiste travaille au Rite Français principalement. Néanmoins, certaines de ses loges travaillent au Rite Ecossais Ancien et Accepté, au Rite Ecossais Rectifié et au Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm Il est à ce titre la plus grosse obédience de ce rite. Un Grand Collège des Rites administre ses “hauts grades”.

Moderne, le Grand Orient initie et accepte les Femmes. En ce sens, il rompt avec les “Constitutions d’Anderson” et la “régularité” maçonnique. D’ailleurs, les sujets politiques et religieux n’y sont pas interdits.

La laïcité est le crédo du Grand Orient. Son anticléricalisme n’est malheureusement pas qu’une légende. Lorsque le Pape est venu en France en 1996, ses Grands Officiers manifestaient à Valmy pour interdire sa venue. Cependant, nombreux sont les Frères de cette obédience qui ont des préoccupations spirituelles.

Depuis 2010, le Grand Orient de France est devenue une obédience mixte car acceptant au niveau de l’obédience l’initiation des Femmes en ses Loges. Cependant, ses Loges ont le choix d’accepter ou pas les Soeurs parmi leurs membres.

Le Grand Orient de France est le “leader” de la frange libérale de la Franc-Maçonnerie. Il est reconnu comme l’opposition à Londres et sa sphère d’influence dans le monde croît d’année en année. Il publie une revue d’actualités intitulée : Humanisme

Adresse :
Grand Orient de France
16 rue Cadet
75009 Paris

Site web : https://www.godf.org